On jouait déjà avant ta naissance, donc on a raison

Genre: Moi vois moi tue • Editeur: Sony Computer Entertainment • Date de sortie: 17 mars 2010

God of War 3

Par • le 26/3/2010 • À la une, PlayStation 3, Tests & previews • Exemplaire du jeu fourni par l'éditeur •

Kratos, c’est un peu une version romanesque de la grosse brute qui tabassait ses petits camarades de classe à l’école primaire. Sauf qu’en prime lui il les enterrerait dans le sable jusqu’au cou pour finir par leur chier sur la tête et leur crever les yeux.

Previously, on God of War

Résumer l’histoire des deux premiers épisodes de God of War en quelques lignes, c’est pas si dur: Kratos est un fier et redoutable guerrier Spartiate qui un jour vendit son âme à Ares afin que celui-ci l’aide à défaire ses ennemis. Le Dieu de la Guerre en fit sa marionette et alors qu’il ne contrôlait plus ses actes Kratos assassina sauvagement son épouse et sa fille. Ivre de vengeance Kratos jura la destruction de celui qui fut son maître et la mort de ce dernier marqua le couronnement du soldat de Sparte en tant que nouveau Dieu de la Guerre, le titre du jeu pour ceux qui n’auraient pas suivi. Comme le gaillard n’est pas du genre à déconner, les autres Dieux de l’Olympe prennent peur et Zeus tend un piège à Kratos afin de lui piquer tous ses pouvoirs de Dieu. Un brin furax, Kratos va se bastonner à droite et à gauche histoire d’acquérir de nouvelles capacités, comme par exemple les ailes d’Icare qui lui permettent de planer un moment.

Vu qu’il massacre tout sur son passage les Dieux commencent un peu à flipper sévère, surtout que les Titans se sont alliés à lui. Les Titans, ce sont des gros bonshommes qui font à peu près la taille de trois colosses de Shadow of the Colossus et qui faisaient un peu la loi avant que les Olympiens, leurs descendants, ne leur bottent les fesses pour s’installer à leur place en tant que divinités. Zeus repart donc au charbon mais se prend une derrouillée et il ne doit son salut qu’à l’intervention d’Athena, accidentellement tuée par Kratos alors qu’elle lui révèle qu’il est le fils de Zeus et qu’il n’a pas le droit de détruire l’Olympe. Un poil énervé, Kratos se lance dans l’ascension du Mont Olympe à dos de Titan histoire d’aller une fois pour toutes se débarasser de ces clowns en toge qui se prennent pour des Dieux. Et c’est là que God of War 3 commence, vous voyez bien que ce n’était pas dur. Ah merde, c’était un peu long, mais c’est pas ma faute s’ils ont décidé d’inclure un scénar dans un beat’em all.

C’est l’histoire d’un mec, il est pas jouasse

L’habitué des deux premiers épisodes sera immédiatement en terrain connu en prenant en main la manette puisque l’action reprend exactement là où la dernière scène de God of War 2 l’avait laissée. Kratos dispose de toutes ses attaques et ses capacités sont au maximum: les quelques ennemis qui traînent sur son chemin ne sont que des fétus de paille, ce qui permet d’autant plus apprécier les mouvements de caméra. Insistant bien sur le caractère titanesque de l’action, la mise en scène passe d’un plan très rapproché juste au dessus de l’épaule de Kratos à un gigantesque plan large où le guerrier spartiate semble à peine plus gros qu’une fourmi. Alors que l’on est occupé à défaire les quelques squelettes qui trainent par là, un hurlement déchire le son des violons, un gigantesque streumon apparaît à l’écran, on pense presque être habitué après avoir vu des merveilles comme Bayonetta, on peut ou pas adhèrer à l’ambiance, mais God of War 3 en met plein la vue avec une utilisation intelligente de la caméra et une mise en scène systématiquement grandiloquente.

Très rapidement l’utilisation des QTE se fait fréquente, ce qui aurait pu être pénalisant pour les nouveaux joueurs comme dans les premiers opus (« Alors carré c’est lequel déjà ? Merde trop tard je suis mort. ») est ici très intelligemment mis en oeuvre: chacun des quatre boutons de droite de la manette apparaît sur l’un des bords de l’écran correspondant à son positionnement: triangle est en haut, rond à droite, etc. Idéal pour le néophyte, confortable pour l’habitué. Kratos dispose encore et toujours de ses fameuses lames d’Athena (renommées ensuite) et de divers sorts magiques lui permettant de faire encore plus de dégats.

Eh mec où il est mon coffre

Qui dit bastons et magie dit énergie et mana, et comme à l’accoutumée des coffres en regorgeant sont éparpillés ça et là. Une troisième jauge fait son apparition, elle a pour particularité de se recharger toute seule et de n’être utilisée que par les objets secondaires comme par exemple l’arc. Pour augmenter la portée de ces trois jauges, il faudra là encore trouver des coffres et accumuler les objets s’y trouvant (Plume de Phenix, Oeil de Gorgone, Corne de Minotaure). Il arrivera également de mettre la main sur des objets rares qui ne seront utilisables qu’après avoir terminé le jeu, mais je préfère ne pas révéler à quoi ils servent. Ainsi équipé le combat contre les différentes divinités de l’Olympe devient une promenade de santé. C’est d’ailleurs l’un des rares problèmes, si l’on peut dire, de God of War 3: il en met plein la gueule certes, mais entre 8 et 10 heures de durée de vie (pour peu qu’on prenne son temps) c’est quand même un peu juste quand le second opus durait bien plus que ça. On reviendra avec plaisir dessus pour essayer un niveau de difficulté plus corsé ou les épreuves débloquées une fois le jeu terminé mais l’absence de scoring n’incite pas forcément à s’y réinvestir à fond.

On peut aussi noter quelques problèmes de maniabilité, les double sauts notamment qui déstabilisent parce qu’ils n’ont pas du tout le même timing que dans la plupart des jeux du genre, et surtout ces énervants coffres qui refusent de s’ouvrir alors que l’on maintient R1 fermement enfoncé. Pour le reste, rien à dire, c’est du très beau boulot, le jeu est absolument magnifique et une claque graphique permanente même si en 720p uniquement, et le framerate est rarement pris en défaut. Mais le plus gros problème de ce God of War 3, même s’il n’en a guère et que certains passeront sans dificulté outre, n’est à mon avis pas là.

Parle à mon cul-béni

Comme ses prédécesseurs, God of War 3 est une débauche d’effets visuels et un spectacle violent déconseillé aux petites natures. Plus que jamais le terme de « jeu pour adultes » a ici un sens. Empalements, démembrements, décapitations sont foison et le jour où Nadine Morano tombera sur ce jeu nul doute qu’elle y jouera activement avec ses enfants mineurs pour leur montrer ce qu’il ne faut surtout pas faire. La présence d’une scène de sexe, aussi prude soit-elle, démontre que le studio américain sait qui il cible: le sexe est l’un des derniers vrais tabous du jeu vidéo. En insérant le disque dans ma console je savais exactement à quoi m’attendre et j’en ai eu pour mon argent: les finishing moves sont d’une brutalité peu commune et l’hémoglobine gicle par litres. Mais comme pour le deuxième épisode, un léger malaise apparaît quand, au sein de ce joyeux massacre plus ou moins justifié par la folie destructrice du héros, des scènes de pur sadisme entrent en jeu. D’autant plus lorsque les victimes de ces actes sadiques et injustifiables sont des innocents !

Il n’existe en effet absolument rien qui permette de justifier un long et éprouvant arrachage de tête en gros plan, permettant d’observer le déchirement de la peau du cou tandis que la victime hurle à Kratos de l’épargner, alors qu’une décapitation expéditive aurait tout aussi bien fait l’affaire. Sur le fond, cela reste un meurtre certes, mais avait-on vraiment besoin de cette mise en scène gore ? Il n’existe pas plus de justification scénaristique au meurtre de ce pauvre type que l’on brûlera vif pour lui dérober son arc. Alors certes, Kratos est, bien entendu, complètement cinglé, mais cette violence graphique n’apporte rien au jeu, rien à l’histoire, et n’est là que pour procurer des sensations fortes un brin malsaines. Difficile de comparer ces scènes d’exécution à un banal film gore puisque l’on est ici dans la peau du bourreau. La présence de ces scènes est-elle réellement une preuve de maturité ou au contraire démontre-t’elle une simple volonté d’aller toujours plus loin dans la surenchère gratuite et le voyeurisme ? Difficile à dire, en ce qui me concerne je ne peux que reconnaître qu’elles m’ont dérangé, ce qui était probablement le but de Santa Monica Studios…

Comme prévu, God of War 3 est un formidable défouloir grandiloquent que tout possesseur de PS3 se doit d'au moins essayer. Visuellement au top, d'un gameplay simple mais efficace et nanti d'une mise en scène extraordinaire, violente jusqu'au quasi-écoeurement cette avalanche de fureur ne peut pas laisser indifférent.

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joueur depuis 1985. Multiplateformes, multigenres, souvent exigeant, parfois tatillon, mais jamais blasé.


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11 commentaires »

  1. Attention petit spoiler à la fin de mon message.

    Je ne l’ai pas encore fini mais je peux effectivement déjà dire que c’est un jeu magnifique (les 10 premières minutes, ouaaahhh).
    D’accord aussi avec toi sur les scènes ultra violentes qui mettent mal à l’aise. D’ailleurs j’ai été très surpris que le gars à l’arc brûle vif, je voulais pas faire ça moi. Tout comme je voulais pas découper Gaïa pour passer :/. Peut être que c’est voulu oui, pour montrer la folie du perso.

  2. En tout cas ça plaît pas à Eugène !

    http://fr.videogames.games.yahoo.com/blog/article/4236/

  3. Je comprends qu’il s’énerve: l’accroche de la pub est d’une rare bêtise vu le contexte…

  4. Attends, tu voudrais dire que Cratos, c’est un gros bourrin ?

  5. Hmm, chercher la justification de la violence par la désignation d’un coupable c’est quand même un peu hypocrite…Un meurtre, que ce soit sur un innocent ou un ennemi, c’est quand même un meurtre. Au moins Kratos ne s’embarrasse pas de morale et assume pleinement sa fonction de défouloir total.

  6. Très bon test, je ne sais juste pas si je dois sauter tout de suite dessus ou attendre la sortie du pack comprenant les 3 épisodes…
    En ce qui concerne l’ultra-violence gratuite, je pense qu’ils ont surtout souhaité se démarquer de la concurrence, en montrant qui était le patron.
    Si Dante’s Inferno 2 venait à sortir un jour, ça la foutrait mal de dire que Kratos passe pour un enfant de coeur à côté.
    Donc autant placer la barre le plus haut possible, histoire que personne ne puisse espérer détrôner le Dieu de la Guerre.

  7. Ton 5 c’est pour rester copain copain avec Sony non ?^^

    Parce que franchement entre sa violence gratuite (qui peut difficilement passer pour de la maturité), la folie furieuse de son personnage et l’insondable bêtise du scénario et son retournement final à deux balles, ça ne mérite même pas la moyenne. La qualité de la réalisation ça ne peut pas suffire (musique épique passe-partout d’ailleurs).

    Et je passe sur le tout début du jeu, quand on met à mort xxxx par QTE, alors que la scène elle-même est vue avec les yeux de ce même xxxx qui m’a gâché tout mon après-midi shopping à la fnac.

    Si les jeux 18+ sont interdits un jour, on saura pourquoi et les développeurs l’auront bien cherché, j’ai rarement vu un jeu aussi vain. Je ne pleurerai pas pour eux.

  8. Wait, what ? Il y a un retournement final ?

  9. Après avoir fini le jeu hier soir, certains points m’ont franchement énervé :
    – la caméra fixe : ne pas voir tous les ennemis lors des combats, tomber car la caméra se place mal ou ne pas pouvoir voir entièrement les décors
    – Kratos est lent, les double-sauts sont difficiles à appréhendés au début et l’esquive lors des combats est franchement pénible aussi au début. (Peut être cela vient-il du fait d’avoir joué à Bayonnetta avant où il faut bien reconnaître que l’utilisation de la touche R2 pour esquiver est une putain de bonne trouvaille)
    – le scénario est convenu du début à la fin et la durée de vie est courte : je m’attendais au minimum à 15h de jeu et je l’ai fini en moins de 10h.
    – le problème d’ouverture de certains coffres comme tu l’as souligné n’est pas foncièrement grave mais agace par moment.

    Malgré ça, je reste globalement satisfait de ce troisième épisode même si je ne lui aurais pas mis la note maximale, un 4 me semble plus honnête et proche de la réalité.

    Chose rare pour être soulignée, les bonus de la série des Gof of War sont toujours extrêmement riches et fournis. Ce troisième épisode ne fait pas exception donc pas de déblocages de galeries d’images comme dans quasiment tous les autres jeux mais un making of très bien réalisé sur les différentes équipes qui sont intervenues sur le projet. Très instructif et intéressant.

  10. « Plus que jamais le terme de “jeu pour adultes” a ici un sens. »

    Marrant qu’on utilise toujours ces termes de « jeu pour adulte », alors que « jeu pour personnes que la violence ne repousse pas » serait peut-être ici plus approprié :)

    Y’a des certainements des mineurs moins choqués que moi par un arrachage de tête à mains nues.

    (Alors je sais que y’a des guillements, et que « jeu pour adulte » désigne plus que ça, mais ça m’interpelle quand même)

  11. C’est qui le plus fort entre Kratos et le Kraken?

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