On jouait déjà avant ta naissance, donc on a raison

Genre: Programme d'enrôlement scandinave. • Editeur: Square Enix • Date de sortie: 27 avril 2007

Valkyrie Profile : Lenneth

Par • le 26/9/2010 • PlayStation, PSP, Tests & previews • Exemplaire du jeu payé avec nos sous •

Valkyrie Profile est un de ces jeux tellement cultes, uniques et rares que n’importe quel gamer qui se respecte se doit de l’essayer un jour, ne serait-ce que pour faire taire toutes ces andouilles qui n’arrêtent pas de lui dire à quel point ce jeu est trop génial et incomparable et bla bla bla. A une époque, il fallait bien déverser au grand minimum 100 neuneux sur la baie pour obtenir ce petit bijou de la playstation. Aujourd’hui, grâce aux braves gens de chez Square Enix, il suffit de s’acheter une PSP !…

Hem…

War… War never changes…

Flying Lenneth

C’est le milieu de la guerre froide au Valhalla et le conflit est inévitable. Odin vient de se rendre compte qu’il lui manque une division « chair à canon » dans son armée et il envoie donc Lenneth, l’une des trois déesses du destin, plus communément appelées Valkyries, à Midgard, le monde des humains, pour récupérer des âmes de guerriers morts au combat. Ainsi démarre l’épopée de Lenneth. Le jeu est divisé en 8 chapitres. Au début de chaque, Freya réclame certaines sortes de guerrier avec certaines qualités et c’est au joueur de les cueillir dans la nature. Aux commandes de Valkyrie, le joueur doit d’abord écouter les âmes des mourants, s’en suit une scène montrant la mort tragique et inévitable du personnage que l’on ramasse, puis il doit les entraîner dans des donjons infestés par les mort-vivants avant de les envoyer définitivement au Valhalla.

Non content de faire une prémisse originale, Tri-Ace s’est également cassé la tête a concevoir un gameplay atypique. Les donjons de Valkyrie Profile s’explorent à la manière d’un jeu de plateforme. Lenneth peut courir, sauter et créer sur les murs des cristaux qui servent de plate-forme. Les mouvements sont légèrement rigides mais on s’y habitue assez vite. Bien entendu, qui dit donjon dit monstres et démons en tout genre. Lorsqu’on en rencontre un, le jeu passe en mode combat et puisqu’on est parti pour être original, autant le faire jusqu’au bout.

Les combats se jouent de la manière suivante. Chaque personnage de l’équipe (4 au maximum) est assigné à un bouton de la manette. Appuyer sur un bouton fait attaquer le personnage correspondant et chaque personnage peut avoir jusqu’à 3 attaques différentes qui se suivent. L’idée est d’enchainer correctement les attaques de tous les membres de l’équipe pour ne pas créer de blanc entre les coups et faire monter la barre de combo. Chaque personnage ayant des animations de combat différentes, ca n’est pas toujours simple. Lorsque la barre de combo est pleine, chaque personnage peut déclencher son super-finishers-de-la-mort-qui-tue pour des dommages massifs.

En outre, maintenir un ennemi dans les airs lors d’un combo permet de faire apparaitre des cristaux qui augmentent l’expérience acquise à la fin du combat et les frapper lorsqu’ils sont au sol fait apparaitre des gemmes qui permettent d’utiliser ses super-finishers-de-la-mort-qui-tue plus souvent.

Quand le besoin se fait, à la place d’attaquer, on peut ordonner à ses héros de piocher des potions dans l’inventaire, ou dans le cas des magiciens d’utiliser une magie de soins.

Et c’est le système de combat en quelques mots.

Valkyrie de face

L'écran de combat

Ce qui fait la force de Valkyrie Profile c’est son univers original et poignant. Chaque héros a une personnalité et une histoire propre. Aux commande de Valkyrie, on les observe mourir les uns après les autres dans de tragiques circonstances et on ne peut pas s’empêcher de verser une larme pour certains d’entre eux (quand le texte ne vire pas dans le ridicule, j’y reviendrai).

Mais je ne suis pas ici pour dire ce que tout le monde a déjà dit avant moi. Valkyrie Profile est loin d’être un jeu parfait et certains détails m’ont laissé très perplexe. Je vais discuter du jeu en détail donc ça risque de spoiler à partir de là.

Premièrement, lorsqu’on démarre une nouvelle partie, le jeu propose 3 niveaux de difficulté : facile, normal, difficile. Le mode facile annonce des donjons moins complexes, peu de héros et seulement 2 fins. Le mode normal annonce des donjons moyennement complexes, plus de héros et les 3 fins du jeu sont disponibles. Enfin, le mode difficile annonce des donjons complexes, tous les héros du jeu, les 3 fins du jeu sont disponibles et en outre, dans ce mode tous les héros qu’on ramasse sont niveau 1 au lieu d’avoir un niveau adéquat au chapitre.

Sur le papier ça parait tout à fait honnête mais c’est en réalité l’inverse car le gameplay est aussi d’équilibré qu’un nain manchot et unijambiste faisant du monocycle sur un trampoline. En effet, le mode difficile contient des objets uniques tellement puissant que la majeure partie du jeu devient une promenade de santé. En revanche, le mode facile n’a quasiment aucun de ces objets et par conséquent est le plus difficile de tous ces modes…

Un autre détail qui rend le mode difficile incroyablement simple, est le fait que les personnages démarrent tous niveau 1. Il existe dans ce mode, deux objets qui permettent (grosso-modo) d’augmenter considérablement les points de vie et les points de techniques obtenus à chaque niveau d’expérience. Par conséquent, n’importe quel guerrier en mode difficile peut facilement obtenir toutes les techniques et les stats d’un personnage niveau 20 ou 25 et étant niveau 10. Mais c’est peut-être pas une mauvaise chose finalement… Ça nous évite de longues heures de leveling.

Le système de combats devient rapidement très répétitif. Trouver le bon enchainement d’attaques entre ses personnages peut prendre un moment, mais une fois qu’on a trouvé la combinaison optimale, on ne fait plus que ça pendant des heures. En théorie, étant donné qu’on est censé entraîner beaucoup de guerriers différents, on devrait régulièrement changer son équipe et réfléchir à de nouveaux enchaînements. En pratique, en mode facile et normal, les héros après le chapitre 4 viennent déjà tout entraînés et prêt à partir au Valhalla donc je ne vois pas pourquoi j’irai me faire chier à changer une équipe qui gagne. D’autant que, c’est peut-être juste moi, mais j’ai l’impression que plus on avance dans les chapitres, plus les héros qu’on récupère ont des attaques de merde… Quand au mode difficile, Valkyrie a une « réserve » d’expérience qu’elle remplie après chaque donjon et qu’elle peut distribuer à n’importe qui. Combinez cela avec les objets qui boostent les stats à chaque niveau d’expérience acquis et en quelques secondes vous avez des héros tous prêt à partir en guerre sainte.

Bon, on peut aussi arrêter d’exploiter les défauts du gameplay et jouer les combats « correctement ». Le problème c’est qu’il n’y a pas tellement de stratégie demandée de toute façon. Tout ce qu’on peut faire, c’est attaquer ou de temps en temps guérir son équipe à coup de potions surpuissantes qui s’achètent dans le magasin des dieux et qui valent des clopinettes. Certains boss vont au-delà des limites de l’inutile en étant quasi-indestructible contre tout, sauf une sorte d’arme qui les tuent en un coup. Vous rencontrez un dragon ? Un petit coup de Dragon Slayer et paf, combat terminé. Un magicien vous emmerde ? Un petit coup de Wizard Slayer et flan, vous avez du porridge de magicien sur le sol.

Plus on avance dans le jeu, plus les combats deviennent inutiles et ennuyeux. Vers le cinquième ou sixième chapitre, on obtient deux techniques qui anéantissent le peu de stratégie qui pouvait rester. La première est Guts, une technique qui, lorsqu’elle est améliorée au maximum, donne 80% de chance au personnage de résister à un coup mortel. Et pas juste une fois pendant le combat, mais autant de fois qu’il veut. La deuxième est Auto-item qui permet à un personnage d’utiliser automatiquement et sans gaspiller son tour n’importe quel objet de soin selon certaines circonstances. On peut donc par exemple programmer la technique pour que le personnage utilise une « Onion Plume » (l’équivalent de la queue de phœnix) chaque fois qu’un allié mord la poussière. Equipez ces deux techniques sur tous les membres de votre équipe et vous êtes indestructible, du moment qu’il vous reste des Onions Plume (et à ce stade de jeu, on a généralement plus d’argent qu’on ne saurait en faire…).

Encore une fois, on pourrait considérer l’utilisation ces deux techniques comme de la triche et tenter de finir le jeu autrement. L’ennui, c’est que cette combinaison est la seule tactique utilisable contre les derniers boss qui ont des stats tellement ridiculement élevées qu’ils sont absolument impossibles à vaincre autrement, à moins de faire du leveling intensif pendant de longues heures et encore, je ne suis pas convaincu que ce ça fonctionnerait.

Bref, Valkyrie Profile est comme un étudiant en anglais après quelques bières. Plus ça va, plus il devient déséquilibré, agaçant et ce qu’il raconte ne fait plus aucun sens.

Vache qui rit, le fromage officiel du Valhalla

Ca va faire mal...

Car le scénario a de gros problèmes également. L’élément le plus étrange est la phase divine. Entre chaque chapitre, Freya va voir Valkyrie pour lui faire un topo de la guerre au Valhalla et de l’état des guerriers qu’elle a envoyés. On peut voir les exploits de nos guerriers pendant la guerre et les conversations qu’ils ont eues avec d’autres dieux. Au début, je pensais que c’était important, donc je lisais tout. Mais j’ai fini par me rendre compte que tous mes héros accomplissaient les mêmes exploits et avaient tous les mêmes exactes conversations avec les mêmes dieux. Et après avoir lu plusieurs guides sur gamefaqs, je me suis rendu compte que tout ce qui se passe durant la phase divine n’a absolument aucune importance. Le jeu passait des heures à illustrer et humaniser les guerriers qu’on récolte, mais une fois qu’ils sont dans l’armée d’Odin, ils deviennent tous des soldats sans visage et sans personnalité. Je trouve ça très dommage…

Le jeu promet trois fins différentes, appelée fin A, B et C, mais c’est un gros mensonge bête et méchant. La fin C est en réalité un Game Over qui apparait lorsqu’on n’envoie absolument aucun guerrier au Valhalla pendant plusieurs chapitres (donc faut vraiment le faire exprès pour l’obtenir). La fin B est une fin sans conclusion dans laquelle il ne se passe rien d’intéressant et qui est juste là pour dire « Tu n’as pas fait ce qu’il fallait pour avoir la bonne fin, va donc recommencer le jeu depuis le début ». La fin A, ou la « bonne » fin, est impossible à obtenir sans un guide puisqu’elle implique une stat de Valkyrie qui augmente et diminue selon certaines actions qui ne sont pas expliquées, et qui doit être en dessous d’une certaine valeur à un moment précis du jeu pour débloquer la fin en question. En plus de ça, la valeur en question est enfouie dans l’écran de statut de Valkyrie qu’on ne regarde quasiment jamais.

La fin en question n’est même pas satisfaisante puisqu’elle n’a pas beaucoup de sens. Alors que Lenneth apprend enfin qui elle est, au même moment et sans aucune raison, Loki, qui apparait pour la première fois, détourne le scénario, vole un MacGuffin de destruction massive qu’Odin a négligemment laissé à côté de son téléphone et s’autoproclame grand méchant en trucidant tout le monde. J’ai faillit éclater de rire quand Odin apprend que son MacGuffin a « mystérieusement » disparut pile poil quand Loki était juste à côté. Qu’est-ce qu’il se dit le brave Odin ? « Mmm Loki a une gueule de coupable mais je vais lui laisser le bénéfice du doute et je vais même pas le faire surveiller ». Bien joué Odin. Tout le reste du scénario donnait le sentiment que tu étais un magnifique manipulateur alors que non, t’es juste une grosse andouille…

Bref, Loki casse tout et bute tout le monde, Valkyrie intervient et lui fait mordre la poussière divine, elle ramasse le pouvoir ultime et ressuscite tout le monde. FIN…

J’ai rarement été aussi déçu…

En outre, le jeu introduit pleins d’éléments sans les expliquer ou même leur apporter une conclusion. Par exemple, à partir d’un certain chapitre, on peut pénétrer dans le château de Brahms, le seigneur des vampires, qui retient la sœur de Lenneth prisonnière. Brahms ou la soeur de Lenneth ne sont jamais introduit avant et l’histoire n’est jamais résolue. Combattre Brahms, que l’on gagne ou que l’on échoue, ne fait absolument rien et plus tard il revient pour aider les protagonistes parce que… Ah, ça n’est pas expliqué non plus…

J’aimerais également qu’on m’explique la toute première scène du jeu qui montre Valkyrie en robe de mariée et qui n’est JAMAIS mentionnée après. Et pourquoi Lezard Valeth passe des heures et des heures à nous expliquer les origines d’Odin si c’est pour le zigouiller en 2 minutes et mettre un autre méchant à la place ? D’ailleurs, il est passé ou Lezard Valeth ? Il avait l’air d’un antagoniste important, obsédé par Valkyrie, mais il disparait du scénario subitement et sans raison…

Attendez… Un gameplay bourré de défauts ? Des éléments de scénarios qui ne sont pas résolus ? Un méchant qui apparait de nulle part ? Je sais ce qu’il s’est passé avec ce jeu ! Il n’a jamais été terminé ! Les créateurs avaient probablement imaginé une saga épique comptant la guerre de Ragnarok à la fois à Asgard et à Midgard. Malheureusement, les développeurs, écrasés par leur propre ambition ont du tomber à cours d’argent ou de temps ou d’employés ou de coke, allez savoir, et vers la fin, ils ont péniblement raccroché ensemble tout se qu’ils avaient fait, écrit une fin vaguement potable et donné à leurs patrons un produit vendable.

Bref, je suis convaincu que Valkyrie Profile est un jeu qui a été beaucoup trop ambitieux et s’est retrouvé inachevé.

Pour finir, deux mots sur la version PSP. Elle est identique à la version Playstation à quelques détails près : des scènes cinématiques en magnifique 3D ont été rajoutées à divers moments du scénario. C’est un ajout qui n’apporte rien du tout et personnellement, j’aurais préféré qu’ils dépensent l’argent dans une nouvelle traduction et un nouveau doublage anglais parce que celui qu’on se tape est juste ignoble. Certaines scènes perdent leur sens et leur ambiance et d’autre semblent juste bizarre. Les acteurs n’ont probablement pas eu de directions avec leurs textes puisqu’un grand nombre de répliques sont délivrées avec la mauvaise intonation.

En conclusion, Valkyrie Profile est un jeu unique qui mérite qu'on s'y intéresse. Sa structure narrative est originale, son système de combat inventif et son ambiance unique. Il est dommage que le tout n'ai pas été proprement fini.

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est

joueur depuis 1989. Né avec un(e) gameboy dans les mains, ce joueur hardcore masochiste et élitiste démarre toutes ses parties en mode difficile et laisse sa frustration briser ses manettes.


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3 commentaires »

  1. Le doublage c’est ce qui m’a le plus ennuyé. Comme pour Star Ocean, après trois heures t’en a un peu ras le bol des dialogues sur ou sous joués, et des cri de combats qui te font penser à une cheerleader qui vient de s’enfiler trois lignes de coke.

  2. Ce passage est l’exemple le plus flagrant de l’incompétence du ou des traducteurs :

    Une traduction de pro

  3. Non mais les screenshots en BMP c’est pas possible, ça devrait être interdit par la convention de Genève !

    Sur le jeu en lui-même, c’est le nom du studio Tri-Ace qui m’a fait tiquer, car je suis actuellement en train de jouer à Resonance of Fate sur PS3, et il y a des concepts communs : des personnages mystérieux dont on apprend des détails sur eux au fur et à mesure sans qu’ils soient forcément amnésiques et un système de combat original et répétitif. Ces deux éléments aident à ne pas se sentir dans un Xième Final Fantasy-like et d’être en présence d’un RPG original. Par contre ils sont revenus sur le levelling et utilisent quelques artifices pour augmenter la durée de jeu sans avoir à développer le scénario.

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