On jouait déjà avant ta naissance, donc on a raison

La parole à l’accusation : Michael Wallies

Par • le 13/10/2010 • Entre nous

Parmi les détracteurs allemands du jeu vidéo, il y en a deux que je vous ai présentés qui font partie des plus intransigeants. J’ai nommé la sympathique Sabine Schiffer, directrice et fondatrice de l’IMV ou Instituts für Medienverantwortung (littéralement, « Institut pour la responsabilité médiatique »), suivie par l’aimable Werner Hopf, psychologue scolaire officiant à Munich. Comme on l’a vu, la première a pour particularité de voir la main de l’Industrie partout, quant au second, si l’adjectif « intransigeant » n’existait pas, il faudrait l’inventer rien que pour lui. Mais que se passe-t-il quand nos « bons docteurs » prennent sous leur aile des anciens « accros aux jeux vidéo » désireux de se « désintoxiquer » ? Qu’arrive-t-il quand ils parviennent à convertir ces « joueurs repentis » à leur façon de penser ?

Un exemple de réponse se trouve dans le discours de Michael Wallies, que je vais vous présenter céans. Né en 1984 à Munich, il a commencé les jeux vidéo à l’adolescence, avec une prédilection pour les FPS comme Counter-Strike, qu’il a pratiqué au sein d’un clan (ce qui est assez classique pour un adolescent allemand). L’ennui, c’est que selon ses dires, il ne pensait plus qu’à ça et ne faisait plus que ça jusqu’en 2002, où deux évènements l’incitent à décrocher pour de bon. Le premier fut la tuerie d’Erfurt, perpétrée par un adolescent qu’on a dépeint comme un fanatique de Counter-Strike (on s’est aperçu par la suite que c’était faux). Le deuxième fut la rencontre avec les psychologues Rudolf Hänsel et Werner Hopf, adversaires acharnés des « killerspiele », qui l’ont pris sous leur aile et converti à leur catéchisme. Depuis, en marge de ses études de médecine, Wallies n’a eu de cesse de prêcher la bonne parole de ses nouveaux amis, d’école en université, de colloque en conférence, de débat en interview, au point de devenir la « caution gamer » préférée des détracteurs allemands de la violence des jeux vidéo, ainsi que le « joueur repenti » le plus célèbre du pays (le seul, en tout cas, à avoir une telle notoriété, à l’exception du suisse Vincent Bina). Outre ces diverses interventions, il a également contribué au livre Da Spiel Ich Nicht Mit! dirigé par Hänsel, signé l’Appel de Cologne contre les jeux violents, rejoint le staff de l’IMV de Sabine Schiffer, et cofondé l’association MedienGewalt e.V. dont il est le secrétaire.

Le document dont je vais vous présenter la traduction est celui qui synthétise le mieux le parcours et les idées actuelles de Michael Wallies. Il s’agit en fait de la transcription d’un discours qu’il a présenté en duo avec Sabine Schiffer à la conférence « Werteerziehung – Lebenserfolg –Audiovisuelle Medien » (liitéralement : littéralement : « Éducation aux valeurs – Succès dans la vie – Médias Audiovisuels »), consacrée au problème de la représentation de l’enfance dans les médias. Cette conférence a été organisée l’an dernier à Berlin par l’association Sichtwechsel e.V ( littéralement : « Changement de point de vue »), qui milite « pour des médias sans violence ». Les intervenants, dont faisaient partie Rudolf et Renate Hänsel ainsi que Rudolf Weiß et Sabine Schiffer, ont signé une résolution en 16 points, qui appelle notamment à une limitation drastique de l’accès aux médias présentant un « contenu toxique » (ce qui inclut « la violence, la pornographie et la misanthropie »), un arrêt de leur production, et l’application du principe « pollueur-payeur » à toutes les industries concernées. Il faut que vous sachiez, avant de commencer la lecture, que la traduction de ce document a été particulièrement éprouvante pour mon ami Stefan comme pour moi, et ce dans tous les sens du terme. Mais comme d’habitude, j’en parlerai plus en détail dans mes remarques additionnelles en bas de page.

Comment la tuerie virtuelle conduit à tuer ce qui est vivant au quotidien

(Entretien avec Sabine Schiffer, 20 octobre 2009)

 
Une controverse scientifique mise en scène par une clique de gens intéressés a pour but d’occulter [1], ce qui est prouvé depuis longtemps, et que Michael Wallies a expérimenté en personne:

L’utilisation de logiciels qui entraînent au meurtre, c’est-à-dire les jeux frénétiques appelés « killerspiele », affecte la personnalité, l’empathie et plus généralement les chances de réussite dans la vie de tous les jours. La seule fuite du monde réel vers le monde virtuel a des conséquences pour la santé. La consommation de médias électroniques contenant de la violence aggrave les choses, surtout pour l’adolescent, et impacte fortement la compassion, ainsi que la sphère sentimentale tout entière. On apprend ce à quoi on s’entraîne ! Déjà, les simulateurs de meurtre marquent les jeunes années pour de nombreuses personnes, et nous devons nous demander quel sont les conséquences pour l’individu et pour la société entière.

Michael Wallies, ancien « PC-Shooter » et aujourd’hui étudiant en médecine, dans un entretien avec le Docteur Sabine Schiffer, Directrice de l’Instituts für Medienverantwortung, raconte son expérience et ce qu’il a tiré de son addiction qui a duré 7 ans :

J’ai dû reconquérir ma vie !

Je suis tombé dedans très tôt. J’ai eu très vite ma propre télévision dans ma chambre, je l’avais déjà à l’époque où j’étais en école primaire, et j’avais aussi un PC. Tout a vraiment commencé à l’âge de 12 ans avec Half-Life, un jeu dont Counter Strike est issu. Ensuite, ça a continué pendant des années avec des jeux similaires, et avec tout ce qui existait sur le marché. Subjectivement, on se sent bien et reconnu dans la communauté Internet. Ça permet de prendre sur soi pour les domaines où ça marche moins fort. De cette façon, je pouvais me réfugier avec allégresse dans un monde virtuel sans être obligé de me disputer ou de me confronter à mes amis.

Je me suis même lié d’amitié avec d’autres personnes sur le Net, et puis nous avons joué en équipe – une fois, j’ai atterri sur un serveur de mes supposés amis, qui était clairement d’extrême droite. A ce moment-là, j’ai été choqué de voir dans quels cercles on peut atterrir. Heureusement, car à l’époque, j’avais déjà 15 ou 16 ans, et donc j’ai pu reconnaître dans quel endroit je me trouvais. Néanmoins, initialement j’étais un peu perdu. A cette époque, mes parents n’étaient pas d’un grand secours, car ils étaient très pris par le travail et les problèmes de santé, et surtout, j’avais honte de m’ouvrir à quelqu’un sur mes rencontres Internet, et de rapporter les bizarreries qu’on y trouve. La plupart des parents n’ont même pas idée de ce qu’on peut rencontrer sur le Net. Les miens étant ignorants, et comme j’étais un enfant réservé, ils ont dû croire à tort que je n’avais pas de problèmes.

En tant qu’adolescent, c’était une question d’honneur pour moi, les images virtuelles – aussi extrêmes soient-elles – ne pouvaient avoir aucun effet. Peu importe mon humeur, je devais toujours garder la face, faire croire aux autres que je trouvais ça cool, et finalement je le croyais moi-même. Et c’est ainsi qu’on s’habitue à la violence. Réciproquement, ça influence les producteurs puisqu’ils vont toujours surenchérir afin d’appâter encore plus de clients [NDT : l’expression utilisée, « um noch einen hinter dem Ofen vor zu locken », veut dire littéralement : « appâter celui qui se cache derrière le four »]. Après tout, c’est toujours la violence qui fait de l’effet. Il est vrai qu’on évoque toujours les beaux graphismes, mais en vrai, c’est la fascination et l’envie de tuer que l’on peut assouvir [qui motive]. C’est pourquoi les jeux sont de plus en plus réalistes dans leur présentation, ce qui rend la violence encore plus immersive et impressionnante. Au fond, c’est pervers, mais on n’en a pas l’impression – on voit le côté fun et on obtient de la reconnaissance.

Mon frère, par exemple, a obtenu beaucoup de reconnaissance en n’utilisant que la pelle pour tuer ses ennemis dans le jeu Day of Defeat. Pour son succès, il a obtenu plus de respect qu’en tirant – c’est pervers à ce point. Quand on est plongé soi-même dans ces jeux, on se laisse entraîner – ce n’est que rétrospectivement que je me rends compte de cette perversité.

Le déclic, ce qui m’a fait arrêter, c’est tout ce qui s’est passé autour de la tuerie d’Erfurt. Dans un premier temps, on a relativisé : Steinhäuser [le tueur] était un fou qui n’avait donc rien à voir avec la frénésie de ces jeux. Ainsi, on a pu prendre nos distances et empêcher de faire le lien. De plus, à cause d’une ou deux affirmations fausses, par exemple au sujet de Counter Strike, toute critique a été rejetée. Dans la communauté des joueurs, les magazines spécialisés cultivent ce réflexe selon lequel les autres n’y connaissent rien, et qu’on sait mieux qu’eux. D’ailleurs, la notion « d’Amoklauf » est fausse. Personne n’a pété les plombs à Erfurt, mais le tueur a planifié méticuleusement son acte – tout comme on peut le faire et le refaire dans les jeux appropriés.

Ma prise de conscience a commencé avec un bulletin de la Schulberatungsstelle [NDT : littéralement, ce mot signifie « Bureau du Conseil Scolaire »] de Munich. J’ai ensuite répondu à l’auteur, le Dr. [Rudolf] Hänsel, puis j’ai participé avec lui et le Dr. [Werner] Hopf, un psychololgue scolaire, à des séminaires de sensibilisation sur ces jeux. Cela m’a aidé à prendre mes distances et petit à petit, à ouvrir les yeux. La lettre de la Schulberatungsstelle a pu me toucher parce que je reconnaissais le problème qui y était décrit, mais seulement chez les autres. J’identifiais le problème chez d’autres camarades – c’est ainsi que je le vois aujourd’hui : on voit le problème d’abord chez les autres. Et puis un jour, j’ai fini par comprendre que ce qui était décrit s’appliquait aussi à moi. Ce fut douloureux, mais aujourd’hui je m’en réjouis. Ce n’est que rétrospectivement que je me suis rendu compte que le fait de jouer revenait à prendre un très mauvais chemin. La violence et l’agressivité étaient devenues mon approche préférée pour résoudre les problèmes. L’idée selon laquelle on diminue l’agressivité en jouant frénétiquement est fausse – cela engendre l’agressivité. De retour dans le monde réel, tous les problèmes reviennent. Ce n’est qu’aujourd’hui que je suis capable de développer d’autres stratégies pour les surmonter. A présent, tout ça ne me manque plus, mais parfois ça me reprend. Mais entre temps j’ai fini par développer des mécanismes pour y parer. J’ai dû reconquérir ma vie !

Il reste tout de même un problème : j’ai carrément perdu l’habitude de prendre soin de moi-même, de faire attention à mon corps. Au point culminant de l’époque où je jouais, il m’est arrivé de jouer pendant 35 heures de suite. Pour cela, j’ai dû me débarrasser de beaucoup de réflexes naturels. Cela a toujours son effet. Aujourd’hui, je dois faire attention en regardant la télévision ou en surfant sur Internet pour n’oublier ni le temps, ni moi-même. Mon disque dur mental était à l’époque tellement surchargé que je ne faisais plus de cauchemars. J’ai vécu par moi-même ce qui est maintenant prouvé scientifiquement , à savoir que les jeux violents effacent la mémoire des choses telles que celles qu’on a apprises à l’école, et bien plus encore. Bien entendu, dans cette situation, il est pratique d’être désensibilisé au point de pouvoir dormir, puis se lever et enchaîner tout de suite. Quand j’ai arrêté et commencé à animer des séminaires pour les parents et les professeurs, j’ai recommencé à faire des cauchemars – c’était un succès pour moi, un signe que j’étais en train de guérir. Ce qui veut dire que j’étais en train de redévelopper une sensibilité pour les choses, ainsi qu’un regard plus réaliste.

Il y a eu d’autres situations où j’ai remarqué que j’étais comme éteint. Aujourd’hui encore, j’ai encore des problèmes quand je suis confronté à la violence réelle, ou à des situations qui nécessitent de l’empathie. Par exemple, il m’est difficile de ressentir de la compassion pour une amie qui vient de perdre sa meilleure copine. Ou alors, dans les salles d’admission en urgence de l’hôpital, j’ai remarqué que je manquais de compassion. Dans cette situation, je suis comme éteint. Je passe au travers, et quand ça me revient plus tard, ça peut être très dur. Cela peut être un avantage de pouvoir agir sans réfléchir, mais je suis sûr que j’ai besoin d’être capable d’empathie en tant que médecin, afin de traiter mes patients correctement, de ne les négliger, et de ne pas les abandonner émotionnellement.

Après des séminaires de sensibilisation dans les écoles, j’ai deux types de réaction: devant les élèves, je ne montre pas ces images [de jeux violents], et à l’oral, je sais très bien sensibiliser les enfants parce qu’ils croient en mon authenticité. En revanche, je montre aux parents ce qui se passe [dans ces jeux], et ensuite je me sens mal. Je dois me forcer. En même temps, les réactions des gens qui n’ont jamais vu ce genre de jeux avant m’ont énormément aidé – parce que j’ai fini par me demander: „quelle est la réaction humaine naturelle ?“ Probablement pas la mienne, qui est de hausser les épaules et de l’évacuer. Mais plutôt d’avoir mal au ventre et d’être malade devant ces images. Cela m’a fait réaliser ce que j’ai perdu, et ce que je veux retrouver.

Ce qui commence à m’énerver, c’est le fait que les stratégies marketing de l’industrie aient autant de succès et qu’elles cherchent à abêtir en masse les adolescents. Ainsi, au sein de la communauté des joueurs, on minimise sciemment la gravité des dommages à l’aide de comparaisons absurdes. On ne peut tout simplement pas comparer [ces jeux violents] avec le jeu du gendarme et du voleur. La logique est à peu près la suivante : on suggère que tous les parents devraient avoir fumé de l’herbe afin de pouvoir l’interdire aux enfants de façon crédible – ou bien que chaque médecin doit avoir le SIDA afin de pouvoir le traiter. Embrouiller, voilà la stratégie – une stratégie marketing.

Il est important de regarder de l’autre côté du miroir, afin de créer une conscience, de faire comprendre que nous sommes devant un problème massif. On propose justement aux jeunes qui apprennent des compétences de faire avec, et basta. Mais ce qui se passe réellement, ils ne sont pas supposés l’apprendre. L’industrie leur serine qu’ils prennent au sérieux leurs besoins – en réalité, on ne fait que les utiliser. Et les offres de conseil ne valent pas mieux. A part quelques informations potables et des discours minimisants, les parents ainsi que les professeurs sont perdus, et ils sont sciemment trompés. Il n’y a pas d’instance neutre qui pourrait effectuer une évaluation sérieuse – en tout cas, les organismes qui prétendent le faire n’en sont pas capables.

Cependant, les enfants et les élèves ont besoin de règles et de limites claires, et à l’école les élèves l’admettent eux-mêmes. Quand j’étais petit, j’aurais aimé que quelqu’un prenne position et me fixe une orientation. A cette époque, je me suis torturé inutilement. En plus d’une position claire, j’aimerais que les parents soient éduqués – mais, bien évidemment, pas au moyen de LAN-Parties pour parents qui sont organisées par la Bundeszentrale für Politische Bildung (l’Institut allemand d’Etudes Politiques). En ce qui concerne mes propres enfants, il n’y aura pas de télé ni d’ordinateur rien que pour eux – il faudra des dispositifs familiaux avec des règles claires, des contrôles et beaucoup d’éducation au sujet des différents problèmes. Et les écoles ne devraient pas enseigner la « Medienkompetenz » (compétence médiatique), mais une éducation et une bonne formation aux médias. De plus, je conseille aux écoles de faire une expérience où on renonce de son propre chef à tout produit médiatique qui contient de la violence. Une telle mesure a un impact considérable, car on réalisera, tout comme cela a déjà été prouvé dans des études longitudinales, que l’agressivité et la violence dans les cours d’école chutent immédiatement.

Il existe bien sûr des stratégies publicitaires qui suggèrent qu’à l’école il faudrait s’initier à l’ordinateur « le plus tôt possible ». Dans ce cas, j’ai un bon contre-argument : tout utilisateur expérimenté de PC admet qu’il apprend rapidement les compétences nécessaires quand il en a besoin – et dans la première phase scolaire, le plus important, c’est d’abord de savoir lire, écrire et compter. Tout autre chose ne fait que distraire, ce qui a déjà été démontré. Après tout, ces médias consomment énormément de temps. On est marqué par les choses avec lesquelles on passe le plus de temps. A titre d’exemple, moi aussi j’ai dû recouvrer mes facultés d’expression. Il faut aussi réapprendre la politesse. Ma petite amie m’a été d’une grande aide, parce qu’elle m’a alerté quand mon langage se rabaissait au niveau des scénarios des jeux [que je pratiquais] avant. En effet, [dans ces jeux] on n’a pas le temps pour la politesse, ce serait mortel.

Oui, et je sais que le sentiment de communauté n’est qu’illusoire – il ne s’agit pas de véritable amitié, mais justement, d’amitié virtuelle. Un profil Schüler-VZ [réseau social pour élèves allemands] fait croire qu’on possède beaucoup de contacts sociaux, mais on ne les a pas vraiment, ils n’ont aucun poids quand on ne partage plus le fait de jouer en commun. De plus, les communautés renforcent énormément le facteur d’addiction. Il y a toujours quelqu’un qui est en ligne quelque part dans le monde, et avec qui on peut jouer. On est calmement assis, et on se prend des poussées d’adrénaline qui ensuite mènent à des états de manque quand on n’a plus le « kick » suivant. Dans le fond, c’est du stress permanent qui n’a rien de positif. Il est important de comprendre que par exemple, en faisant du vrai sport, on peut réduire sa tension. Mais pas en pratiquant le soi-disant eSport. Ce terme, à l’origine, est également issu de l’industrie, et il suggère une expérience sportive saine, qui séduit avec des récompenses. Cela peut effectivement amener à se faire duper par leurs belles paroles. La conscience perdue de son propre corps peut être recouvrée par un vrai sport, et par une découverte de la nature – tout comme, par exemple, l’expérience de la douleur lors d’un accident sportif. D’ailleurs, les sports d’équipe renforcent l’agressivité et la violence, alors que les sports individuels les réduisent, et ça aussi, il faudrait en tenir compte. Et il faut faire attention à bien réduire l’agressivité accumulée par petites doses. Dans la vie réelle, je ne peux pas me lâcher comme devant l’ordinateur – vu qu’il existe un contrôle social. Cela montre aussi pourquoi il est extrêmement difficile de retourner dans le monde réel. Il faut affronter les sentiments désagréables qu’on a cherché à fuir. Mais ça en vaut la peine !

(Post-scriptum de l’IMV) 
 

L’IMV s’engage pour l’interdiction de ce qu’on appelle les Killerspiele, ce qui serait au moins un signal fort à propos des problèmes qu’ils posent. De plus, au-delà de cette mesure, nous avons besoin d’une discussion sur le consensus des valeurs dans la société, dans le but d’appliquer les idées en accord avec les droits fondamentaux, et de protéger les gens contre la déshumanisation par divers produits médiatiques qui contiennent de plus en plus de violence. Il faut empêcher que l’éducation scolaire ainsi que l’éducation des enfants continuent à être manipulées en toute impunité par l’industrie médiatique, comme c’est le cas de la Bundeszentrale für politische Bildung. En outre, nous avons démarré une initiative pour un programme scolaire qui contiendrait une éducation systématique aux médias.[2] De plus, plusieurs coalitions se sont formées autour d’ONG, qui éduquent en marge des instituts scolaires, et que nous soutenons. Par exemple, mediengewalt.eu, aktiv-gegen-mediensucht.de und medienverantwortung.de. Leur objectif premier est de rassurer les parents et pédagogues désorientés qui sont influencés par les controverses scientifiques fabriquées autour des effets des médias. [3] Les utilisateurs de médias doivent se rendre compte de leur pouvoir en tant que clients dans ce domaine, et faire valoir leur poids. Pour cela, ils ont besoin d’informations indépendantes et de soutien. Last but not least, nous examinons les possibilités de porter plainte autour du Tribunal Fédéral Constitutionnel, car dans ce domaine les derniers développements contredisent la Constitution à plusieurs endroits, avec le soutien de l’état.

(Références)

  1. Schiffer, Sabine 6.12.2008: „Kindheitskiller auf dem Gabentisch. Politik und Industrie im Taumel der Kriegsspiele.“ In: hintergrund : http://www.hintergrund.de/20081206319/soziales/sozialabbau/kindheitskiller-auf-dem-gabentisch.html [NDT : la traduction française se trouve ici-même] ;
    15.04.2009: „Bundeszentrale auf Abwegen. Eltern-LAN und andere Einfallstore…“ in: Neue Rheinische Zeitung : http://www.nrhz.de/flyer/beitrag.php?id=13665

  2. http://www.medienverantwortung.de/wp-content/uploads/2009/07/Medienerziehung_Medienverwahrlosung_0.pdf ; http://www.medienverantwortung.de/das-institut/projektbeispiele/
  3. http://www.medienverantwortung.de/unsere-themen/informationsportale/medienlobby-contra-medien-bildung/

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Remarques additionnelles (Shane_Fenton)

Comme je le disais plus haut, la traduction de ce document a constitué un véritable casse-tête, à Stefan comme à moi. En règle générale, traduire un texte allemand en français présente toujours des difficultés, entre autres parce que certaines expressions n’ont de sens que dans un pays et pas dans l’autre, mais aussi parce que la langue allemande autorise la composition de deux, trois ou quatre mots en un. La traduction est parfois simple, comme par exemple « mediengewalt » qui devient naturellement « violence des médias ». Mais quand il s’agit de « Problemlösungsdenken »ou « Schulberatungsstelle », ça devient un peu plus compliqué. Dans le cas où ceux qui s’expriment ont un langage particulièrement « châtié », comme c’est le cas pour Rainer Fromm, on retombe encore davantage sur ce genre de mots composés et d’expressions savantes. A la rigueur, on pourrait se contenter de traduire à la truelle, en se contentant de juxtaposer les mots sans se préoccuper de savoir si la lecture va être agréable (comme le fait par exemple Horizons et Débats). Mais ce ne sera pas pour moi, désolé. Que voulez-vous, c’est plus fort que moi, je me sens obligé de fournir une traduction en « bon français » que je serais capable de relire sans m’écorcher les yeux.

Seulement voilà, dans le cas de Michael Wallies, le problème principal n’a pas été l’abondance d’expressions typiquement allemandes ou de mots abusivement composés. Cela n’a pas été non plus l’élégance du style. C’est tout le contraire, en fait. Certes, il est vrai que ce n’est pas un article destiné à un journal papier, mais la transcription d’un discours, donc il fallait s’attendre à des redondances ou des imperfections de style. Mais tout de même… Quelqu’un aurait au moins pu relire le manuscrit avant de le publier, ça nous aurait au moins épargné les répétitions et les phrases rendues incompréhensibles parce qu’il leur manque un mot, que ce soit un sujet ou un complément, qui aurait pu éclairer sur leur sens. Et que dire du passage où il affirme qu’un exemple de son mal-être était l’absence de cauchemars… Avec Stefan, on s’est regardés et on s’est dit : « Mais What The FUCK !! ». Qui sait, peut-être que la pratique des jeux vidéo nous a désensibilisés. Mais on n’a pas pu s’empêcher d’éclater de rire devant une telle niaiserie. Et puis, ce n’est qu’un détail, mais il raconte que « tout a vraiment commencé à l’âge de 12 ans avec Half-Life », sauf qu’il a eu 12 ans en 1996, et qu’Half-Life n’est pas sorti avant fin 1998.

A la rigueur, si le seul défaut du Sieur Wallies était un style à chier… Malheureusement pour lui, son principal problème n’est pas la forme de son discours, mais le fond. Je dois vous avouer qu’avant de lire ce document, je le regardais avec un mélange de compassion, de culpabilité et de crainte. Voilà quelqu’un qui a souffert à cause de sa pratique compulsive de ce loisir qui est aussi le mien, et s’il s’en est sorti, ce n’est visiblement pas grâce à la « communauté », ni à son clan. De plus, je me disais que l’expérience malheureuse qu’il a eue, combinée à la connaissance que je pensais qu’il avait accumulée sur ce média, en ferait un adversaire redoutable dans les débats télévisés ou radiophoniques (auxquels il a déjà participé, notamment au lendemain de la tuerie de Winnenden). Mais tout a changé après avoir fini de traduire ce discours. Tout s’est effrité, que ce soient la compassion, la culpabilité ou la crainte. Là où je voyais un « coreligionnaire » qui a souffert, je ne peux pas m’empêcher à présent de voir un con.

Il ne faut pas se méprendre sur ce terme : pour que ce type soit capable de suivre des études de médecine, il faut quand même qu’il ait quelques facultés intellectuelles. Et je ne peux que respecter son désir d’être là pour ses patients. Qu’il devienne médecin, et qu’il contribue à sauver des vies ou prendre soin de ceux qui ont besoin d’aide, c’est tout le mal que je peux lui souhaiter. Et il est évident qu’il est un meilleur homme aujourd’hui, loin du jeu vidéo, qu’à l’époque où il ne faisait que ça. Il n’empêche que sur la question des jeux vidéo, il passe à mes yeux pour un con. Tout d’abord, les « arguments » qu’il utilise ne sont pas les siens : voir la main de « l’Industrie » partout, et opposer la pratique des jeux vidéo « violents » aux « bonnes » choses de la vie comme si l’un empêchait l’autre, on a déjà vu ça avec ses aînés Sabine Schiffer et Werner Hopf. Ensuite, je n’arrive pas à voir en quoi une « addiction » au FPS donne accès à un magistère « d’expert en jeux vidéo », et d’ailleurs puisqu’on en parle, j’ai du mal à considérer un « PC-Shooter » compulsif comme un « joueur de jeux vidéo » ou un « accro aux jeux vidéo » (la remarque vaut bien sûr pour WoW ou DoTA, mais quand même, pour être « accro » à Counter Strike, faut le vouloir). Enfin, il a beau avoir « reconquis sa vie », je constate que son rapport monomaniaque au jeu vidéo est resté le même. Il est passé d’une caricature de con-sommateur à une caricature de con-verti, qui brûle avec fanatisme ce qu’il a adoré avec le même fanatisme. A part ce changement d’optique, il n’a rien appris. Mais ça ne va pas l’empêcher d’en parler d’en parler avec la certitude du contraire. Et ce ne sont pas ses nouveaux amis qui vont le contredire, tout heureux d’avoir sous leurs yeux la confirmation vivante de leurs théories.

Tout ça pour dire que le cas de Michael Wallies m’incite à m’interroger sur ce que la « Gamer-Szene », comme ils disent là-bas, a produit de pire. Ce n’est pas que je redoute l’afflux massif d’anciens sinistrés de Counter-Strike (ou DoTA, ou WoW, ou ce que vous voudrez) dans le camp des anti-« killerspiele ». Mais je n’aimerais pas que l’on prenne ces phénomènes de foire pour des « ambassadeurs » de la « communauté ». Et tant que j’y suis, j’aurais une dernière question : comment, mais comment, ont-ils été élevés ? Quelle (non-)éducation ont-ils bien pu recevoir pour devenir comme « ça » ?

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est

joueur depuis les années 80, et joueur passionné depuis 1990. Ouais, à peu près comme tout le monde ici, quoi. Sauf qu’en plus, il cause. Beaucoup. Mais alors beaucoup. C’est pas sain pour lui qu’il cause autant. Faudrait plutôt qu’il joue.


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7 commentaires »

  1. Le seul point sur lequel je suis d’accord avec lui, c’est dans le fait que des enfants n’ont pas à avoir de télévision ou d’ordinateur dans leur chambre.
    Pour le reste, il n’a apparemment acquis aucun recul, et son avis est fatalement biaisé.
    Pour finir, merci pour l’article !

  2. C’est assez triste car comme tu dis Shane, il ne fait que reprendre les arguments des intégristes anti-jeux vidéo. Il n’apporte rien par lui-même. Il a simplement changé de camp parce qu’il a été endoctriné. Je ne pensais pas que la propagande fanatique des anti-killerspiele fût aussi puissante. En outre, il avoue lui-même que ses parents étaient très pris par leur travail… Tiens tiens. Personne ne s’occupait de lui ? Je ne veux ni caricaturer ni juger les nombreuses familles qui sont dans ce cas – on ne choisit pas d’être limite financièrement, d’avoir besoin de deux salaires bas, etc. et on fait ce qu’on peut pour entretenir une famille dans des conditions professionnelles et sociales difficiles – mais je remarque que bon nombre de jeunes à problèmes sont souvent livrés à eux-mêmes et manquent d’encadrement et d’affection.

    Je suis par contre d’accord avec lui quand il dit que les jeux vidéo permettent de s’évader et de reporter ses angoisses et ses problèmes dans un monde virtuel: justement, c’est une des grandes vertus du JV et non pas un vice… Il utilise un contre-argument sans faire exprès, c’est complètement débile. Ceci dit, bien sûr il ne faut pas que le jeu prenne le pas sur le monde réel et serve d’excuse pour refuser ses responsabilités… Il y a aussi bien des parents qui se disent « tant mieux, il reste devant sa console, pendant ce temps il nous fout la paix et il ne fait pas l’imbécile dans la rue » ;-)

    En ce qui me concerne donc, je pense que l’argumentation de ce jeune homme (âgé d’un an seulement de plus que moi) est vide de sens. Je comprends difficilement pourquoi il s’est converti à la secte des militants anti-JV: il y a tellement d’arguments à dire sur les bienfaits du jeu pendant la jeunesse – confiance en soi, réflexes et réflexion, culture générale, sens des responsabilités, etc. le tout dans un environnement virtuel donc sans conséquences réelles. Il n’y a pas plus formateur… Bref.

  3. J’oubliais de dire: en plus il est d’une mauvaise foi effrontée. En tant qu’ancien gamer, il profite de son expérience pour ne choisir que des exemples biaisés et volontairement tronqués. Lorsqu’il dit que son langage devenait moins châtié: c’est complètement faux! Il ne fait pas la distinction entre les serveurs peuplés par des adolescents débiles qui s’insultent, et les communautés adultes et responsables qui échangent des propos très cordiaux et polis… Il ne choisit que ce qui l’arrange. On sait tous par expérience qu’il faut faire l’effort de faire le tri et d’exercer son esprit critique au sein d’une communauté virtuelle… Encore un argument positif qu’il tourne dans l’autre sens pour masquer sa propre naïveté. « Oh mais je suis tombé dans une communauté de joueurs nazis sans le savoir »!! Super mon gars, on te dirait d’aller te jeter à la mer avec un poids au pied, tu le ferais ?

  4. Effectivement, l’argument de la communauté est très dérangeant, parce qu’il fait un amalgame entre « communauté de joueurs » et « communauté de cons fascistes ».
    Le pire, c’est que j’imagine que plein de ses auditeurs vont prendre cet argument pour argent comptant, et assimiler les communautés sur le web à des viviers à néonazis et autres joyeusetés.

  5. En premier lieu, merci pour l’article (et par là, j’inclus la traduction qui apparemment n’a pas été aisée).

    Le constat, au final, est assez accablant : être victime d’une addiction et reporter la faute sur l’objet de son addiction est pathétique.
    Dans n’importe quel domaine ou pour n’importe quel produit, l’excès est mauvais, tout être sensé le sait.
    Confondre son incapacité à se limiter et la nocivité de l’objet de son addiction révèle une grande naïveté, dont il n’est peut-être pas le seul responsable.

    Comme l’a dit UnF, le rôle des parents est primordial, ce sont eux qui fixent des barrières à l’adolescent et font en sorte que leurs enfants aient une vie active et diversifiée. Les enfants ne trouvant pas dans les yeux de leurs parents la reconnaissance (et donc l’amour) nécessaire à leur épanouissement iront la chercher ailleurs, quittes à abuser de bonnes choses…

    Escompter que l’industrie du jv supplée aux manquements parentaux fait partie de cette espèce de déresponsabilisation permanente que nous vivons actuellement. On demande à l’école et à la police de faire le boulot des parents, maintenant, on va le demander aux entreprises ?

    Ces gens sont non seulement pathétiques, mais également dangereux car sous couvert de prôner le retour aux valeurs morales, ils transfèrent insidieusement leur responsabilité et celles des autres parents sur ce que bon leur semble.
    Aime ton fils d’abord et laisse-le jouer à CS ensuite.

  6. Il a une bonne gueule de ravi… et quand on lit le texte on voit bien que c’est pas qu’une apparence. En gros il nous dit qu’il a été faible et que attention si vous êtes faible et adolescent et que vos parents s’occupent pas de vous, vous filerez un mauvais coton et vous mettre 35h d’affilée sur des jeux vidéo n’arrangera rien.

    Et bien ok, c’est vrai, un adolescent qui passe ses journées et ses nuits sur CS il peut devenir très con, impatient et agressif. Et oui c’est vrai certains jeux vidéo peuvent être très addictifs. Merci les ayatollahs de l’ordre moral, on le savait pas. Après il mélange ça avec des trucs vrais et impossibles à contredire (e.g. le sport ça évacue la violence, la télé dans la chambre c’est pas une bonne idée) pour crédibiliser le tout. Au final la conclusion c’est qu’il faut tout interdire – ça semble logique ! De la même façon on devrait interdire les bonbons et le coca, puisque les enfants ne savent pas s’arrêter et deviennent obèses, cariés et diabétiques.

    Au final ce mec me donne un peu l’impression d’un alcoolique repenti qui veut interdire toute vente d’alcool. Ben merde, j’aime bien une bouteille de vin de temps en temps et si un mec est trop faible/dépendant/abruti/restons poli pour ne pas savoir se prendre deux verres ou même une cuite sans devenir instantanément alcoolique, et bien TANT PIS POUR LUI – on ne va pas priver le reste de la population d’alcool pour autant.

    En attendant depuis que je lis ces traductions (merci Shane Fenton pour tout le boulot) j’en ai pas vu un seul pour dire que :
    – il faut faire respecter les limites d’âge des jeux, et ça seuls les parents peuvent le faire ;
    – avoir une vie équilibrée n’exclut pas de s’amuser sur la console / l’ordi tant qu’on sait aussi faire autre chose, et ça dépend aussi des parents ;
    – les (certains) jeux vidéo ne sont qu’un élément parmi d’autres d’une société violente de toute façon, et pas le plus ancien de ces éléments ;
    – il n’y a à l’heure actuelle aucun lien établi entre tuerie et jeux vidéo, ce qui ne les empêche pas de le clamer ;
    – les violences par armes à feu sont bien plus importantes aux États-Unis qu’en Allemagne, et bien moins importantes au Japon, deux pays pourtant où les jeux vidéo sont très pratiqués – on voit vraiment les corrélations qu’on choisir de voir…

  7. UnF:
    « …il y a tellement d’arguments à dire sur les bienfaits du jeu pendant la jeunesse – confiance en soi, réflexes et réflexion, culture générale, sens des responsabilités, etc. »

    Pour les réflexes, c’est disputable, bien que pour la réflexion il y ait effectivement de quoi faire, encore que…
    Mais pour la confiance en soi ? Faudra m’expliquer.
    Ne parlons même pas de la Culture généraaale… ou du sens des responsabilités.
    Ce n’est pas la peine d’aller chercher monts et merveilles. Le jeu se suffit à lui-même : c’est un jeu, et l’homme a besoin de jouer. C’est nécessaire à son équilibre. Le reste c’est du pipeau.

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