On jouait déjà avant ta naissance, donc on a raison

Genre: Aventure à la troisième personne • Editeur: Nintendo • Date de sortie: 21 mars 2003

Metroid Prime

Par • le 11/2/2013 • GameCube, Tests & previews • Exemplaire du jeu payé avec nos sous •

Dix ans.

Dix ans que Nintendo a tenté le pari de révolutionner une de ses séries les plus mythiques, de la revisiter, et de la mettre sur les rails pour le nouveau millénaire. Metroid Prime est un chef-d’œuvre, un des jeux qui vous scotchent au gamepad comme jamais, et la preuve que les meilleurs jeux naissent souvent dans la douleur.

Metroid Prime avait tout du projet casse-gueule. Déjà, par son héritage : la saga Metroid était déjà considérée comme culte chez Nintendo, avec un premier épisode sur NES qui révolutionnait les jeux d’aventure par son ambiance sombre et un Metroid II sur Game boy assez réussi. Mais surtout, Super Metroid sur Super NES était un épisode encore révéré aujourd’hui pour sa richesse, son gameplay hors pair, son intelligence et pour avoir popularisé avant l’heure le concept du speedrun.

Et pourtant, Nintendo a pris son temps avant de lancer un nouveau Metroid sur ses consoles. La Nintendo 64 n’a même pas eu l’honneur de voir Samus Aran, hormis son apparition dans Super Smash Bros. Il paraît que Miyamoto & co n’avaient alors pas d’idée pour un nouveau Metroid… Le projet tombe alors dans les bras de Retro Studios, un studio de développement créé par l’ancien big boss d’Iguana Entertainement (développeur du renommé Turok) et dans lequel Nintendo a mis finalement pas mal de thune. Miyamoto voit un jour un projet de jeu, et se dit que « ça pourrait correspondre à un Metroid… ». Le projet Metroid Prime était lancé. Pourtant, rien n’assurait que le passage à une vue en 3D subjective conviendrait au style de jeu imposé par Super Metroid. Et pourtant, il fallait y croire.

Tallon aiguille

Les différents viseurs renforcent l'expérience de façon incroyable

Metroid Prime commence dans l’espace : Samus Aran, la chasseuse de primes, capte un signal de détresse et atterrit sur une station artificielle en orbite autour de la planète Tallon IV. Ni une ni deux, elle débarque sur la station et décide d’aller découvrir qui joue les trouble-fêtes. Elle retrouve alors ses vieux ennemis les Pirates de l’Espace et le pas très cool (en fait, si) Ridley, qui s’enfuit sur la planète avant que la station ne s’y écrase. Ni une ni deux, Samus débarque aussi sur Tallon IV, découvrant alors que la planète est contaminée par une graine de léviathan qui dégage une substance nommée phazon, corrompant toute la plante et faisant muter toutes les structures biologiques des environs. Samus n’a plus le choix : elle devra se rendre au cœur de la graine de léviathan pour y éliminer la source de toute la corruption. Ce scénario à priori classique se développe pourtant au fur et à mesure de l’aventure de façon assez particulière, puisque c’est en scannant l’environnement à l’aide d’un viseur dédié que l’histoire prendra en épaisseur. C’est sûrement la partie la plus décriée de Metroid Prime : le fait de passer une bonne partie de son temps à changer de viseur pour découvrir tous les détails de l’aventure en a rebuté certains. Ça n’a jamais été mon cas : je trouve au contraire que cela permet de progresser dans l’histoire à son rythme, en évitant d’avoir des cinématiques à outrance bloquant le jeu. Au pire, les scans vous agacent ? Ben ne les utilisez pas. Mais c’est dommage, car c’est se priver d’une masse d’informations colossale, agrémentée de superbes illustrations sur la faune et la flore de la planète, ou détecter les points faibles des nombreux adversaires du jeu. En revanche, si vous aimez vraiment vous paumer et passer des heures à chercher la prochaine étape, n’hésitez pas à désactiver le système d’objectifs qui vous indique la prochaine zone à atteindre.

Le dernier Metroid

Les rives de Phendrana mettront vos nerfs à rude épreuve. Les autres secteurs du jeu aussi, cela dit.

Le développement de Metroid Prime se déroule de façon très… Metroidesque. En clair : vous atterrissez sur une planète immense et désolée, et vous devez commencer par récupérer votre armement en traversant les gigantesques zones du jeu, en faisant parfois pas mal de backtracking. De nombreux objets sur votre parcours vous feront de l’œil, mais hors de question d’y avoir accès immédiatement : vous devrez faire un peu, voire beaucoup de chemin pour obtenir la ou les armes indispensables pour les récupérer. Ce sont ces retours en arrière qui font le charme de Metroid, même s’ils peuvent s’avérer parfois agaçants. Cependant, la série sait valoriser chaque nouvelle acquisition en lui offrant une utilité immédiate. Dans Metroid Prime, les armements sont très proches de ceux connus dans les épisodes précédents : canon de glace, missiles, super-missiles… seuls manquent vraiment à l’appel le Speed Booster et la Screw Attack de Super Metroid. Le costume évoluera, avec les Varia Suit (pour aller dans les zones chaudes sans souffrir) ou la Gravity Suit, sans oublier la sublime Phazon Suit qui bloque les effets négatifs du Phazon.

On pourrait parfois regretter un certain manque d’innovation côté armement comparé à Super Metroid, des regrets cependant vite balayés par les apports des nouveaux viseurs à infrarouge et à rayons X. Visuellement sublimes, ils transforment totalement l’expérience de jeu, permettant de visualiser des points faibles, de découvrir des passages secrets ou des ennemis invisibles, avec un réalisme stupéfiant. Et n’oublions pas non plus la carte 3D, manipulable dans tous les sens, et sans laquelle il serait facile de se perdre dans le jeu. Quasiment toujours lisible, elle renforce également l’immersion dans le jeu.

Samus à cran

Thardus, un boss redoutable, à base de rochers qui tournent… Rock'n'roll.

Et évidemment, il y a… la boule, alias le Maru-Mari ! D’une pression sur un bouton, Samus se roule en boule (Sonic n’a rien inventé, hin hin), lui permettant de circuler dans des passages étroits, se propulser dans des couloirs en « U », ou grimper sur des rails placés judicieusement dans le jeu grâce à l’option Spider Ball. La caméra quitte alors la vue subjective pour s’adapter de façon impeccable à l’environnement, proposant parfois des challenges passionnants. Les game designers se sont d’ailleurs fait particulièrement plaisir, avec certains parcours particulièrement tortueux sur la fin du jeu… Il faudra aussi maitriser certaines subtilités techniques avancées comme le double saut avec les bombes pour espérer accéder à certains power-ups vicieusement placés… Là encore, Metroid Prime est un jeu généreux, qui sait récompenser vos efforts tout en vous provoquant efficacement.

Une fois votre armement retrouvé et complété, l’aventure ne s’arrêtera pas là pour autant : il va falloir retrouver tous les artefacts Chozo grâces aux indices laissés dans les statues Chozo. Problème : ces artefacts sont très bien cachés, sûrement trop même. Les indices pour y accéder sont assez obscurs, et sans solution, vous risquez de ramer un peu pour les trouver… Surtout, cet objectif n’est pas clairement défini dans le jeu, après une première partie quelque peu dirigiste, donc on galère un peu à comprendre ce qu’on doit faire. Et finalement on avance, et on est très content d’arriver au cœur de la graine de léviathan, surtout vu ce qui arrive ensuite…

Chasseur de Prime

Côté ennemis, leur variété vous étonnera, et leur modélisation est tout à fait convaincante. Les pirates de l’espace disposent d’une AI assez développée pour un jeu de ce type, vous obligeant parfois à réagir très vite. Super Metroid était par ailleurs connu pour ses boss gigantesques et parfois assez difficiles à vaincre : sa suite ne faillit pas non plus à cette tradition, avec des ennemis parfois gigantesques et multiformes. Inutile de tenter de les vaincre en bourrinant comme un malade : chaque ennemi demande de la subtilité, d’analyser son point faible, le trouver et l’exploiter au maximum. Plus facile à dire qu’à faire d’ailleurs, car vous serez bien sûr attaqué sans relâche… Donc, il faudra de la tactique, et exploiter tout votre armement au maximum pour vaincre ces colosses ! À noter que la version de Metroid Prime incluse dans Metroid Prime Trilogy est un poil plus difficile à manier sur Wii : en effet, là où le passage d’une arme à une autre était géré par le C-stick (le stick secondaire jaune), il faut dans Trilogy passer d’une arme à une autre en appuyant sur un bouton puis en passant le viseur dans une zone de l’écran… ce qui oblige à lâcher sa cible de son viseur. Dommage, et ça complique pas mal les derniers combats du jeu.

Toujours une claque visuelle et sonore

Au plus profond des ténèbres… Pas loin du redoutable dernier boss.

Visuellement, Metroid Prime n’a pas trop à rougir du poids des années, un testament des talents des designers et programmeurs de Retro Studio. Certes, par rapport aux derniers jeux PS360, on pourra regretter des textures manquant parfois de finesse, mais ce manque de détail est balayé par l’incroyable richesse du jeu, la variété des décors et des situations, le character design des ennemis… Côté animation, le jeu  tourne sans faillir à 50 images/secondes, avec des effets de lumière de toute beauté. Rien à regretter de ce côté. Bon, si, évidemment, le manque de HD, et quelques textures parfois limites, mais dans l’ensemble, on reste plutot épaté par l’environnement. Riche, c’est le mot.

Metroid Prime est également un régal pour les oreilles. La musique colle toujours impeccablement à l’ambiance, avec certaines reprises de thèmes connus de la série (la nouvelle version de Norfair est sublime), et les effets spéciaux sont toujours appropriés. Le plus impressionnant restant cette descente dans les mines de Phazon, où le thème musical devient de plus en plus sombre, flippant, avec en point d’orgue le cri des Metroid qui vous fondent dessus… Et le plus énervant : le son des bonus que l’on sait proche, mais dont la découverte n’est pas forcément évidente.

Dans l’espace, personne ne vous entend crier (au génie)

L’un des points les plus passionnants dans Metroid Prime reste la solitude dans laquelle Samus est plongée. Du début à la fin du jeu, les êtres humains sont inexistants, Samus voyage seule et vous finirez le jeu seule. Pas de NPC pénible, pas de quête annexe, juste une mission à suivre et à remplir, un objectif finalement assez simple mais une aventure passionnante de bout en bout, pas facile à terminer, et remplies d’objectifs annexes. Trouver 100% des objets reste une gageure, tout comme scanner tous les objectifs essentiels du jeu (certains ne pouvant être scannés qu’une seule fois, à un moment précis du jeu). Et une fois le pad raccroché après le dernier combat, vous n’aurez plus qu’une envie : le reprendre, éventuellement le plus vite possible, ce qui n’est pas forcément évident : en connaissant bien le jeu, j’ai du mal à le finir en moins de 7 heures, sans même chercher à battre les records (1h01 pour le meilleur speedrun !). Mais un joueur moyen pourra le finir en une quinzaine d’heure, voire beaucoup, beaucoup plus si vous avez envie de tout terminer à fond…

Metroid Prime est un triomphe, un jeu qui donne espoir dans le jeu vidéo, où l'ambiance de science-fiction inspirée d'Alien – une inspiration totalement assumée et revendiquée – colle au jeu comme un Metroid affamé sur une Varia Suit. Réussir à passer la saga Metroid à la 3D était un pari dangereux, mais Retro Studios a tout simplement créé un nouveau mythe. Bel exploit.

est

joueur depuis 1987. Fan de la Super NES, ancien membre des forces d’élites des Trucs et Astuces de Player One, GG jure surtout par Big N pour le jeu et la Pomme croquée pour le reste.


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5 commentaires »

  1. Merci pour ce test GGGG ! Ça m’a donné envie de l’attaquer !

    J’ai mis du temps à rentrer dedans mais je l’ai fini à 94% (sans la vraie fin hélas…). J’enchaîne avec le 2 qui m’a l’air tout aussi bon, mais quid du 3 ? aussi bien ?

  2. Spoiler : quand il aura fini de faire mumuse avec ses robots transformables, GGGG a prévu de publier des articles sur Prime 2 et Prime 3. Enfin sauf erreur de ma part :D

  3. J’aurai fini le 2 avant qu’il ne publie l’article ! Chômage mon amour.

  4. Ayé terminé Echoes, pour ma part c’était plus dur et plus frais au niveau de l’ambiance et des monstres. Mais je laisse GGGG en parler ! Je retourne sur Corruption.

  5. Ah ah, dommage, effectivement j’ai été en mode ralenti, mais je vais le finir le test de Echoes , c’est promis !!!

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