On jouait déjà avant ta naissance, donc on a raison

Genre: mélange improbable GTA / MGS / PoP • Editeur: UbiSoft • Date de sortie: 15 novembre 2007

Assassin’s Creed

Par • le 21/1/2009 • PC, PlayStation 3, Tests & previews, Xbox 360 • Exemplaire du jeu payé avec nos sous •

Sur le papier, Assassin’s Creed avait tout pour plaire. Un scénario original narrant les aventures d’un assassin à l’époque des croisades, un gameplay mélant l’exploration urbaine de Grand Theft Auto aux missions d’infiltration de Metal Gear Solid, une équipe de développement à l’origine du renouveau de la série Prince of Persia et la productrice la plus bonnasse du moment, reine des fantasmes des nerdillons de tous les horizons. Bref, de quoi espérer le meilleur. On insère la galette dans la console, le jeu boote, on admire une belle cinématique d’intro utilisant le moteur du jeu, on se dit que c’est cool, on va taillader du croisé et du sarrasin tout en sautant de toit en toit, on va pouvoir assassiner discrètement des traîtres dans l’ombre on va… non mais attendez, c’est quoi cet espèce de wesh-wesh à capuche là ?

Arrète de te la péter

Wesh cousine bien ou bien ?

Eh oui, voici déjà la première mauvaise surprise du jeu. Finalement on n’incarne pas vraiment Altaïr l’assassin, mais son lointain descendant, une petite frappe nommée Desmond Miles parlant comme une racaille qui s’est apparemment fait kidnapper par une société conduisant des recherches assez étranges. Le personnage est abominable à manipuler: il a un balai dans le derche, est raide comme un piquet, se heurte au moindre meuble et reste coincé, ne peut interagir avec quasiment rien (un texte apparaît furtivement à l’écran incitant à appuyer sur un bouton quand une action est possible) et de toute façon n’a pas grand chose à faire: l’essentiel de vos actions dans le « présent » consistera à aller vous coucher quand on vous le dira ou bien vous allonger à l’intérieur d’une étrange machine, l’Animus. Oui, il y a une douche dans votre chambre, mais elle ne sert strictement à rien. Passionnant ! Avec une telle entrée en matière, l’affaire était bien mal engagée.

Heureusement, c’est une fois allongé dans l’Animus que les choses sérieuses démarrent, après un tutoriel long et fastidieux sur les capacités de dissimulation de notre assassin. Ça y est, après plus d’une heure passée à se faire chier, on va enfin commencer à jouer et à vivre les aventures de l’ancètre de Desmond, le redoutable assassin Altaïr ! Une courte séquence introductive présente notre héros comme un connard arrogant insupportable, ce qui donne évidemment très moyennement envie de s’identifier à lui, surtout qu’il fait complètement foirer une mission ce qui provoque la mort d’un de ses compagnons et l’attaque de son village, Masyaf, par les croisés. Menés par Robert de Sablé ceux-ci sont mis en déroute par Altaïr et deux de ses compagnons dans ce qui se révèle être la fin du tutorial explicant les différents mouvements possibles pour gravir un mur, sauter d’un point culminant sans se blesser et, finalement, combattre. En tant que connard arrogant, Altaïr est puni et mis à l’épreuve par Al Mualim, chef du clan des Hashshashin: il devra se rendre à Saint-Jean-d’Acre, Jerusalem et Damas pour y accomplir des missions d’assassinat, prouver sa valeur, et récupérer son équipement ce qui rappellera des souvenirs à tout joueur de Metroid.

Fission mailed

Je joue quand, moi ?

Avant de crapahuter dans ces villes, le joueur est invité à visiter Masyaf où il découvrira les différents types de missions qui lui seront par la suite proposées lors des phases d’enquète. Oui, on est encore dans une sorte de tutoriel, c’est interminable et si vous étiez pressé de sautiller de toit en toit, vous avez probablement déjà passé votre chemin. Les missions sont finalement toutes plus ou moins similaires: la plus simple est l’espionnage. Trouvez un banc à proximité de votre cible, asseyez-vous, écoutez ce qu’elle raconte, et c’est fini. Les missions d’interrogatoire et de vol commencent d’abord par un espionnage (mais debout, cette fois) et ensuite vous tabassez votre cible ou bien lui volez un objet pendant qu’elle se déplace (parce que quand elle est immobile, elle vous repère, allez comprendre). Notons que les tabassages peuvent s’effectuer en pleine rue devant des soldats, aucun ne bougera le petit doigt tant que vous opérerez à mains nues: ça c’est de l’infiltration et de la discrétion, coco !

Dans chaque ville se trouvent des informateurs qui vous proposeront eux aussi des missions: il s’agira alors soit de récupérer des drapeaux en suivant un circuit simple, soit d’assassiner discrètement des soldats à leur recherche, parfois en temps limité, parfois non. Une fois cet objectif accompli, les informateurs vous donneront des informations supplémentaires visant à vous aider dans votre tâche principale, à savoir l’assassinat d’un dignitaire de la ville, mais ces informations restent optionnelles et sont parfois même carrément superflues. Félicitations ! Vous savez maintenant tout ce que vous devez savoir et vous pouvez partir explorer le vaste Monde. Enfin, vaste, il faut le dire vite. A priori, la carte ne donne pour l’instant guère d’informations: une fois sorti de Masyaf, le héros arrive rapidement dans une sorte de clairière surplombée par une tour. L’Animus invite alors le joueur à gravir cette tour afin d’effectuer un repérage des environs, lui permettant de se « synchroniser » une fois arrivé au sommet ce qui permettra d’éclairer une zone d’ombre sur la carte et d’indiquer l’emplacement des autres points d’observation. Ça et là on trouvera des drapeaux à collecter, on fuira rapidement lorsque les gardes s’apercevront de notre présence et on se dirigera le plus vite possible vers Damas, la première des trois principales villes à visiter. Une fois arrivé à Damas, ça y est, on va enfin pouvoir sautiller, putain, trois heures que j’attends ça, chouette.

Same thing over and over, again

Des gardes surveillent l’entrée de la ville, c’est le moment de mettre en application ce que vous avez appris dans le tutoriel de l’Animus. Mais si, vous savez bien, ce qu’on vous a appris sur la discrétion il y a 3 heures. Altaïr se fond donc parmi un groupe d’érudits ce qui lui permet de tromper la vigilance des gardes. En plus de cette feinte de prière, il lui est possible de délicatement écarter les passants (utile pour ne pas bousculer les civils portant des objets qui se briseraient en tombant et attireraient l’attention), de s’assoir sur un banc discretos ou de se planquer dans une meule de foin ou dans une sorte de petite cabine sur les toits. Toutes les séquences d’assassinat, je dis bien toutes, commencent par une visite au bureau des assassins. Là, on vous donne en gros la direction à prendre (en fait le quartier à visiter) et c’est à vous de jouer.

Et hop ! Même pas peur !

Visuellement, rien à dire: c’est une claque, c’est magnifique, on virevolte de toit en toit avec aisance, et bordel que c’est beau, y’a pas à chier ils ont bien bossé l’aspect visuel du titre, les villes sont immenses et débordent de vie, elles ont chacune leurs spécificités et leur architecture bien particulière, sans parler de l’ambiance sonore d’exception. Première étape: grimper à une tour pour effectuer un repérage. Oui, comme dans le Royaume, une fois cette première tour gravie l’emplacement des autres tours sera ainsi révélé, il ne reste plus qu’à toutes les escalader pour que tous les objectifs soient indiqués sur la carte, enfin, tous sauf les drapeaux récupérables (ils sont innombrables et il me paraît humainement impossible de les trouver tous). Aux déjà connues missions d’espionnage, de vol et d’interrogatoire s’ajoutent des missions de sauvetage d’un citoyen quelque peu malmené par des gardes, qui ne servent quasiment à rien. Oh, parfois ça permet d’activer le passage d’un groupe d’érudits, mais il est tellement moins chiant de buter tous les gardes pour passer en force par une porte surveillée qu’on s’en fout au final. Pour les gens pressés il est carrément inutile de tout faire, seuls 3 objectifs sont nécessaires pour pouvoir passer à l’assassinat proprement dit, mais il faudra de toute façon repasser par le bureau des assassins afin de récupérer la plume permettant de prouver à Al Mualim que le sang de votre victime a bien coulé.

Ça y est, j’ai fini de vous décrire le gameplay d’Assassin’s Creed. Un passage dans le présent chiant comme une chanson de Delerm, un retour dans le passé avec un trajet relou Masyaf – Ville (qu’on pourra heureusement zapper par la suite), une arrivée en ville avec escalade d’une tripotée de tours, ensuite on fait 3 ou 4 objectifs toujours de la même manière et on bute l’objectif et on se téléporte à Masyaf. Et des fois on revient dans le présent pour ALLER SE COUCHER. Et après avoir répété ce schéma 9 fois, on se tape un combat final sympatoche mais pas folichon, on revient dans le présent, et le jeu se termine en eau de boudin. Vous vous rappellez la fin de Matrix Reloaded ? Bin pareil, mais sans le cliffhanger.

Assassin's Creed, c'est un peu comme un gâteau au chocolat trop cuit. C'est fait avec les meilleures intentions du monde, avec des ingrédients excellents, ça sent bon pendant la préparation, ça a super bel aspect en sortant du four, mais c'est franchement indigeste et on a pas trop envie d'en reprendre.

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joueur depuis 1985. Multiplateformes, multigenres, souvent exigeant, parfois tatillon, mais jamais blasé.


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13 commentaires »

  1. Ce jeu est un des plus gros gâchis de talent de l’ère moderne, avec le potentiel d’en faire un des meilleurs jamais réalisés, on sacrifie tout le boulot d’artistes talentueux sur l’autel du casualisme marketeux.

  2. Il faut combien de temps pour terminer le jeu ?
    J’ai l’impression que raccourci, en retirant les phases répétitives, il aurait bien mieux.

  3. « Oui, il y a une douche dans votre chambre, mais elle ne sert strictement à rien. »

    Bah, comme dans la vraie vie, quoi.

    (OK, je sors…)

  4. @olympi : Sans doute, mais le jeu se serait fait tuer sur sa durée de vie, j’imagine.

    Sinon c’est vrai qu’on peut se demander pourquoi avoir rajouté ce point scénaristique avec le monde moderne et le perso totalement insipide qu’on doit contrôler pour ne rien faire.
    J’y vois deux raisons possibles : pour « prendre du recul » sur le perso principal et surtout son rôle d’assassin et/ou dans la mentalité d’Ubisoft en ce moment de ne pas faire mourir ses persos (ex: le dernier Prince of Persia), mais là on dit plutôt qu’il y a un bug dans la matrice et tu peux recommencer.
    C’est stupide, ça ne sert à rien, et ça nuit à l’immersion (tout l’aspect technologique s’intègre mal à l’environnement médiéval à mon goût).

  5. Peut-être que le monde moderne n’est pas vraiment fait pour être jouable, mais juste pou servir le scénario. Un moyen d’attirer l’attention du joueur sur quelque chose qui se joue : la découverte d’un grand secret aux temps des croisades, une histoire suffisamment prenante qui intéresse notre monde contemporain.
    Après, je ne sais pas si c’est réussit!

  6. Je rejoins ce que dit Numerimaniac : plus l’environnement de jeu correspondra à l’horizon d’attente du joueur, plus celui-ci sera « pris dans le jeu ».

    Beaucoup, se verraient bien en seigneur médiéval décidant de la vie ou de la mort de ses sujets, d’autres en super combattant qui vole façon Néo, mais personne ne se voit en homme lambda qui doit vivre au XXIème siècle.

  7. Alalalalala . . .

    L’un de vous s’est déjà penché sur l’énigme de fin du jeu ?

    Personnellement j’ai passé plusieurs nuit blanche à faire des recherches sur tous ces signes, une sorte de grosse enquête qui a doublé voir triplé la durée de vie de mon jeu dans un tout autre cadre . . .

    Maintenant si la seul réflexion émise ici c’est « olalala, sé tou nul cé pas dans lpassé alors je pe critiquer !!! » c’est à vous de voir, mais c’est juste dommage . . .

  8. @ggocelot : c’est tout de même gonflé. Je veux bien qu’on reformule un peu la position combattue afin de mieux faire comprendre son propre point de vue, mais de là à la reconstruire complètement, vidant totalement de sens les critiques de kwyxz, il y avait tout de même une marge.

    La description faite du côté « pris par la main » du jeu laissant un minimum d’initiative au joueur, la réduction des mécanismes et des choix de mission par la pauvreté des situations rencontrés, l’extrême répétitivité de l’action jusqu’à l’absurde ( tabassage en publique toléré pour la cause). Et tout cela, le test le montre bien aboutit à une liberté truquée, factice.

    C’est plutôt bon et c’est déjà une réflexion puisque ça ne se contente pas de répéter benoitement l’avis ultra enthousiaste de sa sortie.

  9. ggocelot: si tu as passé plusieurs nuits blanches à essayer de comprendre les gribouillages sur le mur, j’ai un nouveau passe-temps pour toi si jamais tu t’ennuies. C’est une série télé. Elle s’appelle Lost.

  10. C’est vrai que Lost repose sur la même arnaque narrative.

  11. Oui, mais c’est plutôt bien fichu: je m’ennuie largement moins devant Lost que quand je joue à Assassin’s Creed.

  12. Eh ben, tu n’as vraiment pas aimé le jeu. Parce que moi depuis la fin de la première saison qu’est-ce que je m’ennuie devant cette série.

  13. Oué, fini vite et rangé… heureusement que le 2 fut bien meilleur ;)
    Vous ne l’avez pas testé? le 1 vous aurait-il refroidi? je comprend…

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