On jouait déjà avant ta naissance, donc on a raison

Revue politique (toujours allemande, et jusqu’à l’os)

Par • le 28/10/2009 • Entre nous

Le voyage en Allemagne continue : après la revue de presse, voici une anthologie des « meilleures » perles de la classe politique de ce pays au sujet des « killerspiele » (sauf pour le dernier paragraphe). A noter que contrairement aux articles précédents, celui-ci n’est pas une « simple » traduction d’un article de Matthias Dittmayer, mais plutôt une compilation de diverses citations d’hommes politiques allemands, certes retrouvées pour la plupart depuis son site Stigma-Videospiele, mais pas seulement. Par ailleurs, ces citations sont livrées telles quelles, vu que la plupart se passent de commentaires (j’ai juste mis en gras les passages les plus énormes). En guise de conclusion, le dernier paragraphe diffère des autres dans le sens où il présente un certain nombre d’affirmations qui contredit les précédentes « perles », notamment sur la question des armes à feu. Et bien sûr, comme d’habitude, un grand merci à mon collègue Stefan pour sa patience et sa disponibilité !

Il faut interdire les compétitions de jeux, on y trouve le « killerspiel » Warcraft 3 !

« Lors de cette rencontre sur ordinateur des killerspiele tels que « Counterstrike » et « Warcraft 3 » auraient été pratiqués. L’évènement ne devrait donc pas être autorisé. »
(Heribert Rech, Ministre de l’Intérieur CDU de Bade-Wurtemberg, à propos de l’Intel Friday Night Game de Karlsruhe – Source)

« Et bien qu’il soit coutume de trouver chez les jeunes des jeux comme Counter Strike, Call of Duty (le titre évoque déjà certaines associations) ou Warcraft, nous ne pouvons pas nous résigner à trouver normal de jouer à des jeux qui représentent des actions militaires ou paramilitaires. Nous pouvons constater quotidiennement dans les journaux à quel point ces combats sont terribles et dévastateurs [dans la réalité]. A nos yeux, jouer à la guerre minimise sa gravité. D’un autre côté, une condamnation générale serait inopportune. […] Vous pouvez être sûrs que s’il s’agissait uniquement de jeux comme FIFA, qui font également partie de l’ESL, nous aurions approuvé cet évènement avec plaisir. »
(Bettina Lisbach et Anne Segor, élus municipaux Verts de Karlsruhe, à propos de l’Intel Friday Night Game – Source)

« Counter Strike et Warcraft 3 – Les verts se réjouissent de l’annulation par la ville de Stuttgart de la compétition de jeux vidéo prévue dans la Liederhalle.
La ville de Stuttgart a annulé un évènement intitulé « Ligue fédérale des jeux vidéo » prévu pour le 27 mars dans la Liederhalle et organisé par l’Electronic Sports League (ESL). Lors de cet évènement, des joueurs, individuellement et en équipe, auraient joué en direct et en public à Warcraft 3 et à Counter-Strike. Le porte-parole des Verts pour les questions relatives aux médias, Jürgen Walter, se réjouit explicitement de cette décision de la ville de Stuttgart. « Apparemment, les organisateurs ont manqué de sensibilité, sinon ils auraient trouvé eux-mêmes à quel point il était indécent d’organiser un tel évènement une semaine seulement après les funérailles des victimes de la tuerie de Winnenden. »
Selon Jürgen Walter, étant donné que de tels jeux possèdent de nos jours une grande popularité, surtout auprès des jeunes,  la classe politique et la société dans son ensemble devraient entamer un dialogue avec ceux qui produisent, distribuent et jouent à des killerspiele, ou ceux qui organisent publiquement des évènements où on y joue. D’après Walter : « le plus grand tabou des sociétés humaines civilisées est de tuer son semblable. Dans de tels jeux, on tue de manière virtuelle, mains néanmoins très réaliste. Le débat sur la manière dont la société traitera ce problème à l’avenir vient juste de commencer. La ville
[de Stuttgart] a bien fait de ne pas donner son feu vert à ce genre d’évènements. » »
(Communiqué de presse des Verts – Source)

On sait vachement de quoi on parle

« Si le jeu consiste à massacrer des êtres humains, si on voit des personnages agoniser, si le sang coule, alors il n’y a pas d’autre solution [que l’interdiction]. De tels jeux vidéo sont utilisés par l’armée américaine, afin de désensibiliser les soldats qui seront envoyés à la guerre. »
(Günter Beckstein, ancien premier ministre CSU-CDU de Bavière – Source)

« Le jeu Counter-strike a été développé par l’armée américaine afin de réduire la résistance des soldats [à tuer leurs semblables].»
(Günter Beckstein – Source)

« Je peux attendre d’un patron de cinéma qu’il ne fasse rentrer que des gens de 18 ans et plus. Mais concernant les jeux vidéo, c’est une autre histoire. Si un jeune de 18 ans a un jeu [pour adultes] entre ses mains, il peut le donner le lendemain à un jeune de 17, 16 ou 15 ans. »
(Joachim Herrmann, ministre de l’intérieur CSU-CDU de Bavière – Source)

« Vous devez appuyer sur un bouton. Ceci a par exemple comme conséquence qu’un bras sera coupé par une tronçonneuse. De plus, ce geste est récompensé si l’on torture sa victime avant. Couper un bras vaut 100 points, couper la tête, 1000 points. »
(Uwe Schünemann, ministre de l’intérieur CDU de Basse-Saxe – Source)

« Tous ceux qui possèdent des killerspiele sur leur ordinateur ne deviennent pas des tueurs de masse. Toutefois, la grande majorité des tueurs de masse que nous avons vus ces dernières années ont pratiqué ce genre de jeux. Il existe donc un lien entre les deux. »
(Uwe Schünemann – Source)

« Comme vous le savez certainement, je me tiens régulièrement et intensivement au courant du sujet de la violence dans les jeux vidéo. Des produits comme Counter-Strike, dont le seul objectif est de violer des écolières, n’ont pas leur place dans notre société. Ainsi, nous pensons qu’il est nécessaire que les infractions au règlement sur la protection de la jeunesse ne doivent pas rester de simples petits délits. »
(Jorg Schönbohm, ministre de l’intérieur CDU de Brandebourg – Source)

Violence des jeux vidéo = pédophilie

« Les killerspiele devraient être rangés dans la même catégorie que la pédo-pornographie pour que la sanction soit efficace. »
(Günther Beckstein – Source)

« Ces jeux sont l’une des causes de violence chez les jeunes, mais aussi pour les massacres dans les écoles, où les images de ces tueries deviennent réalité. […] En regard de leurs effets négatifs, [ces « killerspiele »] sont au même niveau que la pédo-pornographie, et les drogues illégales, des choses sur lesquelles l’interdiction ne fait pas débat. »
(Joachim Herrmann – Source)

« Je ne comprends pas […] on est d’accord pour interdire la pédo-pornographie, alors pourquoi on ne l’est pas pour l’interdiction des killerspiele qui glorifient la violence. »
(Joachim Herrmann – Source)

« Je ne pense pas que des gens qui tuent des gens à la chaîne sur leur ordinateur, qui exécutent leurs victimes déjà blessées et gisant à terre, de sorte que le sang gicle [… ] que ces gens puissent ce sentir blessés par mes paroles. »
(Joachim Herrmann – Source)

L’interdiction est la seule solution

« L’article 131 n’a eu aucun effet jusqu’à aujourd’hui, et si le mode d’emploi du jeu incite à torturer quelqu’un et à gagner plus de points avant de lui couper la tête avec une tronçonneuse, alors il s’agit de quelque chose que je n’arrive pas à comprendre, et je ne comprends pas davantage qu’une chose pareille puisse être produite. C’est pourquoi on devrait l’interdire. »
(Uwe Schünemann – Source)

« Je ne criminalise personne, et je ne dis pas que tous les jeux devraient être interdits. Mais il ne devrait pas y avoir de discussion auprès des plus brutaux d’entre eux. Pour cela, on n’a pas non plus besoin de demander une expertise. C’est tellement pervers qu’il n’existe pas d’alternative à l’interdiction. »
(Uwe Schünemann – Source)

« Il faudrait interdire les killerspiele en Allemagne. Ils incitent les jeunes à tuer des êtres humains. »
(Edmund Stoiber, ancien premier ministre CDU de Bavière – Source)

« Pour moi, les killerspiele sont pervers[ou « déviants »] et dangereux. Nous devrions considérer sérieusement leur interdiction. »
(Heribert Rech – Source)

« Les jeux dans lequels la violence [est] glorifiée devraient être interdits. Si on ne nous écoute pas, j’aborderai ce sujet à la conférence des ministres de la justice [des différents états allemands]. »
(Angela Kolb, ministre de la Justice SPD de Saxe-Anhalt – Source)

« Le groupe municipal [SPD] de Karlsruhe-Centre s’oppose à l’évènement « Intel Friday Night Game » du 6 juin [2009] qui doit avoir lieu dans le hall Schwarzwaldhalle. Là bas, on joue en public à des jeux vidéo tels que « Counter strike source » qui incluent le dépôt de bombes, la prise d’otages et le meurtre d’êtres humains. Le Maire Fenrich doit s’assurer qu’à l’avenir le Conseil Municipal de Karlsruhe n’accordent plus de place pour ce genre d’évènements. »
(Harald Egerer, responsable municipal SPD de Karsruhe – Source)

« Le règlement prévu envisage que la production de killerspiele soit punie par une peine de prison d’au moins 10 ans jusqu’à la perpétuité. La possession de killerspiele ne sera punie que par une amende (allant jusqu’à 25 000 euros). Les « joueurs de killerspiele » condamnés doivent en plus, à l’image des hooligans, prendre rendez-vous chez le psy une fois par semaine. La possession [de killerspiele] en grand nombre peut entraîner l’internement psychatrique. »
(Proposition de loi présentée en 2006 par des élus CSU-CDU, commentée par le site spécialisé Krawall.de)

Par contre, en ce qui concerne la bibine et les armes à feu…

« Si l’on boit deux litres de bière en six ou sept heures à la Fête de la Bière, il est toujours possible de conduire après. »
(Günther Beckstein – Source)

« La consommation modérée de bière et de vin fait partie de notre culture. Nous n’avons pas besoin de mesures semblables à la prohibition, mais d’une consommation responsable d’alcool. Et il appartient à chaque adulte de se maîtriser individuellement. »
(Günther Beckstein – Source)

« Depuis le massacre d’Erfurt en 2002, nous avons les lois les plus stricte d’Europe en matière de contrôle des armes à feu, et elles se sont encore renforcées suite aux évènements de Winnenden et Wendlingen. (…) Bien sûr, l’accès aux armes à feu est un facteur de risque pour ce genre de tueries. Mais nous devons réaliser que la sécurité absolue n’existe pas. Je suis convaincu qu’une gestion responsable passe par les associations et les clubs de tir. »
(Heribert Rech – Source)

« Les tireurs font partie intégrante des mœurs et de la tradition. […] Ils sont garants de la sécurité intérieure et préviennent le danger. On devrait mener la discussion sous cet angle, car dans leur travail quotidien, les responsables s’engagent à maintenir des vertus telles que la discipline, la persévérance, la patience et l’esprit de camaraderie – autant de qualités dont on a besoin. Pas de killerspiele, juste la camaraderie et la loyauté […] »
(Joachim Herrmann – Source)

« La transmission de valeurs à nos enfants et nos adolescents par le biais des clubs de tir contribue à leur intégration au sein de leur communauté. »
(Uwe Schünemann – Source)

« Ce sont justement, les clubs de tir […] qui, les premiers, apprennent aux jeunes à manier les armes et les munitions de manière raisonnable et responsable. […] En ce qui concerne la limite d’âge de 12 ans pour tirer avec des armes à air comprimé, le gouvernement bavarois a l’intention de la ramener à 10 ans. »
(Edmund Stoiber – Source)

Et puisqu’on parle des armes…

« Bien qu’aujourd’hui, presque tous les chasseurs et les membres de clubs de tirs gardent leurs armes de manière très responsable, les tueries de masse perpétrées récemment par des jeunes adolescents l’ont été avec des armes achetées légalement et entreposées à la maison. »
(Florian Pronold, SPD – Source)

« Dans tous ces cas individuels, que ce soient Erfurt, Emsdetten ou Winnenden, les tueurs avaient accès à une arme achetée légalement ; s’ils avaient dû se procurer ces armes d’une autre manière, cela aurait été nettement plus difficile pour eux, ou alors ils auraient tout simplement échoué. »
(Der Spiegel)

« Les jeunes tueurs de masse avaient une chose en commun : la pratique des armes. […] Si l’on veut expliquer le taux important de jeunes membres de clubs de tir parmi les tueurs de masse, le seul accès aux armes n’est pas une explication suffisante. Il s’agit aussi – et surtout – d’une formation au maniement de ces armes. »
(Heise)

Et un petit dicton pour conclure :
« Le lobby des armes est non seulement plus influent, mais surtout il est armé. »

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est joueur depuis les années 80, et joueur passionné depuis 1990. Ouais, à peu près comme tout le monde ici, quoi. Sauf qu'en plus, il cause. Beaucoup. Mais alors beaucoup. C'est pas sain pour lui qu'il cause autant. Faudrait plutôt qu'il joue.
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5 commentaires »

  1. J’adore le dicton de conclusion !
    Il est de toi, ou d’un des élus allemands (ou autre) ?

  2. En fait je ne sais pas. C’était en conclusion d’un article de Dittmayer, et je l’ai repris à mon compte. Je lui demanderai.

  3. ce dicton me rappelle ma formidable journée citoyenne chez les militaires. Après plusieurs remarques l’un d’entre eux nous lance un « y’a des cons partout ». Ce à quoi une voix anonyme répondit « sauf que vous êtes armés ».

    Enfin bon, ce condensé de conneries fait froid dans le dos. Je compare souvent la société allemande au japonais. Ils sont du coup très éloignés sur la question des jeux vidéo (la violence en générale dans les œuvres de fiction?) mais leur réaction aveugle et hypocrite sur des faits de société ne me parait pas si éloignée. Enfin je m’avance beaucoup…

  4. Je repasse par là, juste pour vous recommander la lecture d’un remarquable article en anglais sur la situation du jeu vidéo et de la scène eSport en Allemagne : http://www.cadred.org/News/Article/79037/

    Il explique tout ce qu’il faut savoir sur la procédure « d’indexation » allemande, ainsi que son histoire et son évolution par rapport aux récents school shootings en Allemagne. On apprend également que l’auteur de la tuerie d’Erfurt, qui a réellement déclenché la cabale anti-« killerspiele », ne jouait pas à Counter Strike.

  5. Je viens de rajouter trois citations. Une du groupe SPD de Karlsruhe qui réclamait lui aussi, comme les Verts et la CDU, l’interdiction des évènements de type eSport. Et deux de l’inénarrable Heribert Rech, qui fait du bruit en ce moment à cause d’une interview dans laquelle, d’un côté, il a fait preuve de mansuétude vis-à-vis des armes à feu, et de l’autre, il a employé le terme « abartig » (« déviant », « pervers ») pour qualifier les « killerspiele ». Plus de détails sur CanardPC.

    L’honnêteté impose de préciser que sa déclaration a été critiquée par plusieurs personnalités politiques, y compris dans son propre parti (il a toutefois obtenu le soutien de son collègue Uwe Schünemann).

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