On jouait déjà avant ta naissance, donc on a raison

Mes adieux à PC4War (première partie)

Par • le 31/3/2013 • Entre nous

PC4War n’est plus. Le « magazine des jeux de stratégie informatiques » a tiré sa révérence au bout de 60 numéros, et un peu plus de 10 ans d’existence (ce qui, dans le petit monde de la presse vidéoludique papier, constitue une sacrée performance). Je l’ai appris il y a quelques semaines en achetant le dernier numéro, celui de février-mars. Et comme le mois de mars n’est pas encore tout à fait terminé, je tenais à lui rendre, à ma façon, un dernier hommage… ainsi qu’à son prédécesseur.

Au commencement était Cyberstratège

Tout a commencé un après-midi d’été, en 1997, période d’abondance pour les magazines consacrés aux jeux vidéo. J’allais régulièrement au marchand de journaux le plus proche à la recherche d’un nouveau titre capable de retenir mon attention et de m’inciter à le lire vraiment (au lieu de l’acheter uniquement pour le « grand jeu complet »). Jusqu’à présent, seul Joystick avait eu un tel pouvoir d’attraction chez moi. Et puis ce jour-là, une couverture a immédiatement attiré mon regard. Il s’agissait du deuxième numéro de Cyberstratège, « le magazine des conquérants d’univers ». Certes, l’accroche était un peu… niaise, mais l’essentiel était ailleurs : enfin, j’avais sous les yeux un magazine dédié aux jeux vidéo de stratégie et d’histoire, qui constituaient à l’époque mon genre de prédilection !

Ce projet a été lancé par Théophile Monnier, qui avait fondé deux ans plus tôt Vae Victis, la « revue du jeu d’histoire tactique et stratégique ». Ce n’est pas un hasard. Déjà, Vae Victis avait été créé pour donner aux wargamers un magazine entièrement dédié à leur passion, alors même que les éditeurs de revues d’histoire ou de jeux de rôle n’y croyaient pas (Casus Belli avait bien consacré quelques hors-séries aux wargames, mais la rédaction ne tenait pas à aller plus loin). La création de Cyberstratège procédait de la même logique, mais pour les jeux vidéo : un magazine entier, plutôt qu’une poignée de pages dans Vae Victis, lesquelles étaient déjà de trop pour certains joueurs de plateau totalement allergiques à l’informatique.

Il est vrai qu’à l’époque, les magazines « généralistes » n’hésitaient pas à parler des jeux de stratégie plus pointus que la moyenne, voire des wargames vraiment poilus. Je me souviens, par exemple, que Joystick a testé aussi bien Steel Panthers que Battleground : Gettysburg ou les Great Battles (ou plus tard, le premier épisode des Panzer Campaigns). Mais ce n’était pas non plus systématique. Et puis tout de même, c’était quelque chose d’avoir un magazine exclusivement consacré à la stratégie informatique. Avec, s’il vous plaît, des dossiers de plusieurs pages sur un titre particulier, les stratégies à adopter, les comptes-rendus de parties, etc… Grâce à ce magazine, j’ai découvert des jeux extrêmement riches qui n’étaient pas traités ailleurs, ou pas suffisamment pour que je m’y intéresse.

Et surtout, comble du luxe, j’apprenais des choses en lisant Cyberstratège. Encore une fois, c’était un peu le cas à l’époque pour les magazines plus « généralistes ». Après tout, c’est dans Joystick et Génération 4 que j’ai découvert l’existence de Lovecraft, Tolkien, Métal Hurlant, la BD Sambre, Solomon Kane… soit en lisant les tests de jeux qui se rapportaient à ces différents auteurs ou univers, soit en lisant les rubriques « culture », qui ne se limitaient pas à une vulgaire page. Un « homme de goût » se devait, non seulement de jouer à Alone in the Dark, mais aussi de lire L’appel de Cthulhu et les nouvelles associées au Mythe éponyme. Mais Cyberstratège allait encore plus loin, et ce pour les aspects plus historiques : c’est en lisant les dossiers sur les Great Battles que j’ai appris comment s’étaient déroulées les campagnes d’Alexandre le Grand et d’Hannibal. De même que le deuxième numéro, celui par lequel j’ai découvert le magazine, m’a instruit sur le déroulement de la bataille de Waterloo. Enfin, au-delà des tests poussés et des dossiers de fond, Cyberstratège était également capable d’aller à rebours de ses confrères sur certains sujets (comme par exemple « l’affaire Familles de France » en 1999).

En résumé, Cyberstratège avait une place à part, aussi bien dans la presse vidéoludique que dans mon coeur. C’est l’un des magazines qui m’a laissé les meilleurs souvenirs, aux côtés de Joystick (avant son rachat par Future), Micro News et Tilt. C’est même un magazine que j’aurais pu montrer à un non-joueur sans gêne ni honte aucune (tous les numéros de la première mouture sont accessibles sur Abandonware Magazines).

Puis vint PC4War… et revint Cyberstratège

Et voilà qu’au beau milieu des années 2000, Cyberstratège s’est arrêté en pleine gloire, au 18ème numéro. Théophile Monnier avait d’autres projets, dont la création d’une start-up. Mais il n’a pas quitté le milieu de la presse très longtemps, puisqu’en 2002, il a participé au lancement de PC4War, qu’il considérait comme « la revanche de Cyber, avec la volonté de tout casser sur les ventes et de s’ouvrir à l’immense marché des jeux en temps réel, avec une approche toujours aussi stratégique. » De fait, outre les tests poussés et les dossiers de fond hérités de Cyberstratège, une place non négligeable des premiers numéros du magazine était consacrée à l’eSport. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai appris l’existence d’Elky (lequel a fini par faire carrière dans le poker). Je ne m’intéressais absolument pas au « pro-gaming », mais je n’avais rien contre, du moment que j’avais ce que je voulais à côté : des articles, des dossiers… bref, des informations sur des jeux qui contrairement à l’époque de Cyberstratège, étaient de plus en plus ignorés par la presse vidéoludique plus « généraliste » (il est vrai que cette même presse était beaucoup moins florissante qu’à l’époque de Cyberstratège).

C’est ainsi que j’ai continué à apprendre des choses, et à découvrir des jeux qui, pour le coup, n’étaient plus du tout traités ailleurs, ou très rarement. Quant aux autres jeux plus médiatisés (les Total War à partir de Rome, par exemple), ils étaient décortiqués avec toujours autant de précision. J’avais quand même une pointe de regret quand je voyais le logo de Cyberstratège orner discètement la couverture de Vae Victis, lequel daignait consacrer deux ou trois pages par numéro aux jeux de stratégie informatiques. Mais au moins, il y avait PC4War. Une routine s’est progressivement installée… jusqu’en 2005, où j’ai craint que le 18ème numéro ne soit le dernier (une fois encore !). Sur le forum internet du magazine, auquel je participais un peu à l’époque, les discussions allaient bon train, vu que Théophile Monnier était parti. Pour ma part, j’avais décidé de rester fidèle à PC4War même sans Théo ET à Théo même sans PC4War. Si ça donnait lieu à un autre titre, tant mieux : pour moi, deux magazines dédiés aux jeux de stratégie étaient une excellente nouvelle… mais je n’avais pas prévu que Cyberstratège renaîtrait de ses cendres.

J’ai accueilli avec joie le retour de ce magazine en février 2006, et j’ai acheté religieusement chaque numéro, sans pour autant délaisser PC4War, que j’ai continué à apprécier comme avant. J’ai donc eu une double ration de tests poussés, de dossiers de fond, et de découverte de jeux injustement passés sous silence par les « généralistes » (la série des Dominions étant l’exemple le plus flagrant qui me vienne à l’esprit). Malheureusement, la joie allait être de courte durée…

est

joueur depuis les années 80, et joueur passionné depuis 1990. Ouais, à peu près comme tout le monde ici, quoi. Sauf qu’en plus, il cause. Beaucoup. Mais alors beaucoup. C’est pas sain pour lui qu’il cause autant. Faudrait plutôt qu’il joue.


Email | Tous les posts de

2 commentaires »

  1. Hello Shane
    Je découvre, au hasard d’une visite sur la Gazette du Wargame, ton article sur Cyber et PC4War… Toujours étonnant de lire un autre parler de soi, mais j’ai bien aimé tes souvenirs de ces mags et ce qu’ils t’apportaient comme info. Nous n’avons pas bossé en vain alors !
    La disparition de ces titres représentent un grand vide, et je souhaite longue vie à la Gazette, qui reste notre principale source d’infos sur ces univers stratégique… sans réellement remplacer la richesse et la densité du format papier de Cyber !
    Théophile

  2. Salut Théo,

    C’est sympa de la part de la Gazette du Wargamer de nous référencer. La deuxième partie est arrivée il y a peu, mais elle est évidemment plus triste : http://gamingsince198x.fr/entre-nous/mes-adieux-a-pc4war-deuxieme-partie/

    Non, vous n’avez pas bossé en vain : ça représente tout de même 15 ans d’aventure, et un bon paquet de découvertes (en jeux comme en connaissances historiques). Et oui, la disparition de ces magazines laisse un grand vide. Bonne continuation, en tout cas, à la Gazette du Wargamer et à toi.

Ajouter un commentaire