On jouait déjà avant ta naissance, donc on a raison

GX4000 (Amstrad): Papy fait de la résistance

Par • le 8/12/2010 • Entre nous, Les consoles que tu n'as pas achetées (ou alors t'es bien le seul)

Dans les années 198X, si l’on n’était pas joueur console on a forcément traîné ses guêtres à un moment ou à un autre sur une machine Amstrad. La marque-au-crocodile-mais-pas-Lacoste, fondée au Royaume-Uni en 1968 par Alan Michael Sugar (anobli depuis), se lance dans la vente de matériel informatique en 1984 après plusieurs années dans la Hi-Fi, où elle s’est fait une réputation pour ses prix très bas. Les mêmes méthodes sont alors employées afin de réduire les coûts: matières premières à bas prix, techniques de production plus économiques, les ordinateurs CPC entrent en concurrence directe avec le Commodore 64 du constructeur du même nom. Mais leur philosophie n’est pas la même: les CPC se veulent « familiaux » et « simples d’utilisation » à une époque où ceci ne signifiait pas « gigoter comme un guignol devant la télé ». D’une structure monobloc, vendus directement avec un moniteur, leur branchement s’avère des plus aisés: un cable, et c’est tout. Dôtés d’un lecteur de cassettes puis d’un lecteur de disquettes, les CPC sont une alternative très économique et viable face au C64 même si celui-ci demeure plus puissant.

Le CPC464, premier de la gamme CPC
Le CPC464, premier de la gamme CPC, permit à Amstrad de rapidement se faire un nom sur le marché

Le succès ne se fait pas attendre et Amstrad taille des croupières à Commodore tout en récupérant la clientèle des ZX de Sinclair. Avec leur Zilog Z80A à 4 MHz et leurs 64 ko de RAM, les CPC peuvent afficher des résolutions allant du 160×200 en 16 couleurs au 640×200 en 2 couleurs. Ces valeurs prêtent évidemment à sourire de nos jours, mais aux prix auxquels les CPC étaient vendus à l’époque on pouvait décemment les trouver compétitifs sans rigoler sous cape. Malgré l’arrivée d’une féroce concurrence, le CPC continue de se vendre durant des années, principalement sur le continent européen même si les premiers modèles de CPC6128 sortent d’abord aux USA. Mais l’arrivée des consoles 16 bits et les récents développements chez Atari et Amiga forcent Amstrad à revoir sa gamme: des versions améliorées des CPC agrémentées d’un + entièrement rétrocompatibles débarquent. D’un design plus « moderne », elles n’apportent malheureusement pas de changements suffisamment notables pour convaincre: support des joysticks, des imprimantes 8-bit, nombre de couleurs affichables simultanément qui passe à 32 sur une palette de 4096. Mais ces versions viennent aussi avec un port cartouche, et pour cause: afin de percer sur le marché des consoles de jeu en pleine expansion, Amstrad lance en même temps que cette nouvelle gamme une machine de salon 8-bit en concurrence directe avec la Master System de SEGA et la NES de Nintendo: la GX4000.

Les envahisseurs sont parmi nous
Le design de la console rappelle les soucoupes volantes des films d’exploitation des années 70-80

Techniquement compatible avec la gamme CPC, la GX4000 dispose exactement du même hardware que sa grande soeur, si ce n’est qu’elle ne gère pas le clavier ni les supports de stockage traditionnellement liés à la marque (cassettes / disquettes). Quelques semaines avant sa sortie, Amstrad est confiant, table sur des dizaines de milliers de ventes et s’enorgueillit même du soutien des plus prestigieux éditeurs européens, Ubi Soft et Infogrames en tête: les magazines sont largement abreuvés par une campagne de pub importante aux messages volontairement provocateurs. D’un design plutôt moderne, la machine ressemblerait presque à un vaisseau extraterrestre. Les manettes, elles, donnent dans la sobriété: une croix de direction (pas terrible) et deux boutons, basta.

On va tabasser les bridés !
Des publicités pas franchement subtiles montrent qu’Amstrad compte clairement écraser sa concurrence japonaise

Les premiers jeux sortis sont une franche désillusion même pour les fans de la marque. Pour la plupart, il ne s’agit que de portages directs de jeux CPC déjà largement dépassés face à la concurrence, qu’il s’agisse des micro-ordinateurs ou des consoles. Les meilleurs titres disponibles (il n’y en a franchement pas eu des milliers, citons entre autres Great Courts II, André Panza Kick Boxing et Pang) font pâle figure face à leurs versions Amiga ou ST, et ne parlons même pas des titres Megadrive ou PC Engine. Burnin’ Rubber, adaptation de Wec Le Mans fournie avec la console, ne tient pas la route face à Crazy Cars II même dans sa version CPC (qui sortira d’ailleurs plus tard sur la console). Les ventes sont au diapason et la console fait un véritable flop ainsi que l’ensemble de la gamme 464+ et 6128+ malgré l’optimisme affiché des dirigeants d’Amstrad. La rumeur dit que le designer de la console, Cliff Lawson, avait à l’époque déclaré que la machine était techniquement du niveau d’une Super NES. J’ai eu beau chercher, je n’ai trouvé aucune source fiable pouvant confirmer: 1) qu’il l’ait dit et 2) qu’il l’ait réellement pensé sérieusement.

Robocop 2, un jeu laid et injouable à l'image du reste de la ludothèque
Aussi puissante que la Super NES on t’a dit !

L’échec simultané de ces machines fait énormément de mal à Amstrad, déjà dépassé dans le monde des compatibles PC, qui tentera une dernière incursion dans le monde du jeu vidéo avec le MegaPC, système hybride inspiré du TeraDrive de Sega consistant en un PC compatible avec les cartouches MegaDrive, mais le succès ne fut une fois de plus pas au rendez-vous. Décidant d’oublier définitivement ces heures sombres et de quitter le marché vidéo-ludique, le constructeur se concentrera désormais sur la vente de set top boxes de réception satellite pour le compte de Sky, avant d’être finalement racheté par BSkyB à la fin des années 2000. Mais ceci est une autre histoire.

Pour une description un peu plus exhaustive de la GX4000, ses caractéristiques, ses jeux, je vous invite à consulter l’excellent (comme toujours) dossier de GrosPixels consacré à la machine.

est

joueur depuis 1985. Multiplateformes, multigenres, souvent exigeant, parfois tatillon, mais jamais blasé.


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7 commentaires »

  1. Ah, la GX4000. Avant même de sortir, elle se faisait déjà défoncer par la presse vidéoludique de l’époque.

    J’ai encore en mémoire le dossier que Tilt avait consacré dans son numéro de septembre 1990 (putain, 20 ans !) à la guerre des consoles. Ils avaient testé tous les supports disponibles : Atari 2600, Sega Master System, NES, PC Engine, SuperGrafx, Mega Drive, Lynx, TurboExpress. A l’époque, je m’étais largement basé sur ce dossier pour me convaincre qu’acheter une Master System n’était pas un mauvais choix (et effectivement, pendant les mois qui ont suivi, il n’a pas été si mauvais que ça. C’est juste que j’étais ravi d’avoir ma Megadrive juste avant l’été 1991).

    Bref, dans ce même dossier et ce même numéro, on trouvait 2 pages plus que sceptiques sur la GX 4000, avec un match contre la Master System sur le jeu Fire and Forget 2 de Titus. Et c’est la Master System qui a gagné. Une courte interview d’Alan Michael Sugar par notre AHL en disait long sur l’ego du monsieur, puisque celui-ci prétendait qu’il pouvait avoir des jeux aussi beaux et bons que ceux de la Megadrive. Et Danny Boolauck faisait un rapide tour d’horizon pour expliquer qu’il ne voyait pour l’instant aucune raison d’acheter la console.

    A noter que ce même mois, Micro News était beaucoup plus élogieux, et vantait les mérites de la console dans un style un peu puéril. D’ailleurs, ça doit être chez eux que j’ai vu cette pub ignoble. Et le pire, c’est qu’ils en ont fait aussi pour la télé :
    http://www.youtube.com/watch?v=HKghiDIljrw
    http://www.youtube.com/watch?v=-LdBZSztB8A
    http://www.youtube.com/watch?v=SHHvYPQNbY4
    http://www.youtube.com/watch?v=XotpJVK80ck

    Un an plus tard, le numéro d’été 1991 de Player One faisait à son tour un dossier sur les consoles. Les avis des rédacteurs étaient unanimes sur la pauvre GX4000 (je cite de mémoire) : « Amstrad a voulu jouer dans la cour des grands, et elle s’est plantée. Ce n’est pas un CPC sans clavier qui va pouvoir rivaliser avec Sega et Nintendo. » Sans oublier le mot lapidaire de Wonder Fra : « Je ne joue qu’avec des consoles de jeu. »

    Que de souvenirs…

  2. Les images de jeux dans la pub ne sont pas contractuelles, évidemment ?

    Parce que je n’ai pas l’impression que ça vienne du GX4000, si ?

  3. @sseb22 bien vu. L’image de Great Courts II vient peut-être de la version GX4000 même si on peut avoir un doute (le jeu était vraiment très bon malgré le support) par contre le screenshot de Batman vient probablement de la version Amiga/ST du jeu. Et pour Double Dragon, j’ai un doute aussi: le jeu n’est, à ma connaissance, jamais sorti officiellement. C’est peut-être un screen de la version CPC, mais là encore c’est un peu trop fin à vue de nez.

  4. tient, j’ai reconnu la voix de Roger Carel sur les pubs Amstrad, c’est quand même bizarre de voir des acteurs doublé sur des pubs française.

  5. Je confirme pour Double Dragon… Je me l’était fait offrir sur mon fier Amstrad cpc a cassettes (exactement celui de la photo, avec les jeux qui mettaient 3 plombes pour se lancer) en pensant naïvement que les screens sur la jaquette étaient représentatifs du jeu. Plus dure fut la chute…

  6. « Madame, je n’ai rien à dire sur cette console, c’est une merde ! »

    Non mais vraiment, quand j’ai vu débarquer ce bousin, et quand on voyait la qualité de la console face à ce que Nintendo et Sega commençaient à sortir à l’époque, ça faisait peur. Oser sortir la GX4000 alors que des jeux comme Ghouls’n’Ghosts débarquaient sur Megadrive, fallait oser.

  7. Et puisqu’on parle d’Amstrad, souvenirs souvenirs :

    « Par exemple, on n’aimait pas Amstrad, et on n’arrêtait pas de les emmerder, gratuitement, par plaisir. Parce qu’Amstrad symbolisait pour nous l’irruption du mercantilisme dans ce qui n’était jusqu’à présent qu’une affaire de passionnés. Jusqu’à Amstrad, tous les ordinateurs avaient été lancés par des boîtes dont les patrons savaient programmer (ça va peut-être surprendre les plus jeunes : cette assertion INCLUT Bill Gates et EXCLUT Steve Jobs…), avaient des opinions très tranchées sur les langages à utiliser, le chip vidéo, etc. Sugar, le patron d’Amstrad (pardon, Sir Sugar, maintenant), considérait les ordinateurs de la même manière qu’il considérait les radio-réveils : des machins en plastique fabriqués le moins cher possible en Asie. »

    (extrait de l’interview par Eurogamer de Michel Desangles consacrée à Hebdologiciel)

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