On jouait déjà avant ta naissance, donc on a raison

La grande vertu de la télévision

Par • le 6/8/2011 • Vite dit

L’an dernier, sur Télématin, le chroniqueur Nathanaël de Rincquesen enrichissait la langue française d’un nouveau mot : « Meuporg », rapidement adopté par la communauté, un peu comme Jean-Claude Van Damme avec son « aware ». A présent, c’est le journal télévisé de France 2 qu’il enrichit de sa présence. Il n’a d’ailleurs pas tardé à rendre un hommage appuyé à ceux qui l’ont fait roi (blague à part, ce serait injuste de lui mettre ce… « reportage » sur le dos, vu que c’est Loïc de la Mornais qui en est l’auteur).

Ces anecdotes m’ont irrésistiblement rappelé quelque chose qui n’a évidemment rien à voir : un passage des Sabots d’Émile, un essai de mon ami Christian Combaz dont j’avais déjà donné des extraits dans un autre article, et qui bien qu’écrit en 1989, me paraît encore d’actualité. Cette fois, cela concerne plus particulièrement la petite lucarne (pages 162-164) :

Personne, visiblement, n’a encore compris que le contrôle de l’écrit, notamment à la télévision, devrait être classé parmi les priorités nationales, au même titre que la revalorisation du professorat qui en dépend étroitement.

La vérité, c’est que les professeurs n’ont qu’à se taire. La revalorisation dont on leur parle est une blague. Il s’agit plutôt d’acheter leur patience et leur silence par une augmentation de salaire.

Dans l’enseignement du langage (mais ce n’est pas le seul), le peuple des médias leur dame le pion tous les jours. Avec quel mépris de surcroît ! Quand j’étais journaliste, il fallait entendre comment les rédactions accueillaient le courrier de ces cons qui n’avaient rien d’autre à faire que d’éplucher nos colonnes à la recherche des barbarismes. Cela n’empêchait pas les tartufes des médias de se pencher régulièrement sur la question : Nos enfants ne savent plus lire et écrire, le niveau des professeurs est-il suffisant ?

A cette question, je réponds par une autre, autrement sacrilège : le niveau des journalistes, présentateurs, producteurs de télévision est-il suffisant ? Dans les rédactions des chaînes nationales, quel contrôle s’exerce sur les employés chargés de la diffusion de l’écrit ? Ils ont pourtant un rôle essentiel de nos jours auprès de la jeunesse. Ils exercent dix fois plus d’influence sur les enfants que leur professeur de français. Or, qui a jamais osé les faire inspecter ? Qui peut sans risque et publiquement douter de leur compétence ?

Pour ma part, les deux plus terribles illettrés que j’aie croisés au cours de ma brève carrière dans la presse parisienne ont fini l’un journaliste de radio, l’autre de télévision. Le premier était un collègue dont il fallait réécrire chaque ligne de peur qu’elle ne tombe sous les yeux du rédacteur en chef. L’autre était mon élève dans une école de journalisme où sa morgue n’avait d’égale que son infirmité dans l’expression. Je l’ai d’ailleurs chassé de ma classe sous ce double motif : c’était un haineux incapable.

Il est aujourd’hui chroniqueur dans une rédaction télévisuelle. Quand je l’aperçois sur l’écran, je rentre les épaules en songeant que l’instrument de décérébration le plus avancé de la terre est donc aux mains de n’importe qui; nul, vous pouvez m’en croire, ne l’aurait voulu pour élève, mais il est devenu professeur. Chaque soir, il exerce une influence sur quatre millions d’âmes alors qu’il n’en avait aucune sur lui-même.

Et Combaz de conclure : « La grande vertu de la télévision est donc visiblement de laisser leur chance aux imbéciles. Mais elle n’en laisse aucune à vos enfants puisqu’elle les leur inflige. »

Puisque je vous dis que ça n’a rien à voir…

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est

joueur depuis les années 80, et joueur passionné depuis 1990. Ouais, à peu près comme tout le monde ici, quoi. Sauf qu’en plus, il cause. Beaucoup. Mais alors beaucoup. C’est pas sain pour lui qu’il cause autant. Faudrait plutôt qu’il joue.


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3 commentaires »

  1. Ha cool tu es de retour avec tes sujets très intéressants et ta grande culture sur le sujet.

    Ha Nathanaël qu’est-ce qu’il m’a fait rire celui-là.

  2. Loïc de la Mornais, un futur très grand journaliste à surveiller, pour sûr.

  3. Han, le name-dropping !

    Sinon je suis effectivement sensible à cet extrait, l’étant beaucoup moins à la télévision.

    Il faudrait aussi inspecter les journalistes des quotidiens gratuits, d’ailleurs.

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