On jouait déjà avant ta naissance, donc on a raison

Genre: Polar • Editeur: Rockstar Games • Date de sortie: 2011

L.A. Noire

Par • le 22/8/2013 • PC, PlayStation 3, Tests & previews, Xbox 360 • Exemplaire du jeu payé avec nos sous •

L.A. Noire, c’est avant tout un développement dans la douleur, des employés poussés à bout et un studio, Team Bondi, fermé peu après la sortie du jeu dans le commerce. C’est la promesse d’un Los Angeles des années 50 reconstitué fidèlement, avec des immeubles et quartiers reconnaissables, une ambiance incomparable et des enquêtes policières passionnantes, épaulées par une technologie d’animation faciale révolutionnaire. Alors, promesses tenues ?

Vis ma vie de bizut

Mean streets

Vétéran de la Seconde Guerre Mondiale et fraîchement rentré du Japon, Cole Phelps a le reste de sa vie devant lui. Décoré au combat, marié, père de deux filles, il vient tout juste d’être embauché au sein du glorieux LAPD, le département de la police de Los Angeles. Rapidement, ses capacités d’investigation tapent dans l’œil de ses supérieurs et il passe de simple agent troufion à détective. C’est l’occasion pour la séquence d’introduction faisant office de tutoriel d’expliquer le déroulement complet de chaque enquête du jeu : Phelps se voit assigner un objectif par son chef, se rend sur les lieux du crime, farfouille à droite et à gauche et découvre des objets, certains sont des preuves, d’autres n’ont aucune incidence sur le déroulement de l’enquête. On comprend assez vite qu’il suffit de surveiller les objectifs de mission pour savoir si on a raté une preuve : pour peu de vouloir faire un run aussi parfait que possible, il est impératif de toutes les récupérer car plus on a de preuves, plus on peut poser de questions lors des interrogatoires. Ceux-ci représentent généralement la deuxième partie d’une enquête. Ensuite, il peut y avoir une séquence d’action, suivie d’une autre séquence de recherche de preuves, elle même suivie par un interrogatoire. Phelps est un flic, son objectif est donc d’inculper un suspect à la fin de son enquête.

Il a louché là non ? Non ?

Stalking, discretos

Pour ce faire il sera impératif d’observer le moindre élément pouvant trahir la personne interrogée. Un froncement de sourcils, un rictus un peu trop appuyé ? Il devient évident que l’interlocuteur ne dit pas la vérité. Il est alors possible d’émettre un doute et de mettre un petit coup de pression histoire d’obtenir quelques aveux, voire de carrément hurler au mensonge. Mais attention : si accusation il y a, une preuve doit systématiquement être fournie pour appuyer ses dires. C’est malheureusement dans ce système que le bât blesse : malgré une technologie d’animation faciale absolument révolutionnaire et d’une qualité jamais vue (et jamais égalée depuis), il est très difficile à moins d’un coup de bol complet de déterminer si l’on doit juste mettre un peu de pression ou bien carrément tenter le coup de l’accusation. Les tics de comportement sont parfois extrêmement appuyés sans que l’interlocuteur ne mente, et inversement. Dans le même ordre d’idées, on pense parfois avoir sous la main une preuve parfaite pour appuyer ses dires, mais on n’est pas supposé la produire à ce moment ou bien ce n’est tout simplement pas celle que le jeu attend. Au final, on se retrouve beaucoup trop souvent à hésiter et finalement y aller au hasard, avec la maigre consolation que même une enquête faite d’interrogatoires intégralement tous foirés ira tout de même jusqu’à son terme.

Les influenceurs

Noir c'est noir

C’est la plus grosse déception : aucune, strictement aucune des décisions prises pendant les séances de questions n’aura la moindre influence sur la conclusion de l’enquête, et le suspect désigné par le script finira au trou en fin de chapitre quoi que l’on fasse, aussi nul que l’on soit. Pire encore, il peut même arriver de devoir envoyer en zonz un suspect dont on est absolument persuadé de l’innocence, les preuves réunies contre lui ne valant pas tripette, mais le jeu imposant de condamner un pauvre type histoire de finir son chapitre. Si un The Walking Dead n’offrait finalement pas beaucoup plus de liberté, il parvenait toutefois, lui, à totalement faire illusion lors d’un premier run. Ici, si l’on ajoute en prime que complètement louper un interrogatoire est synonyme de ne pas toujours avoir accès à toutes les subtilités du scénario, on finit en désespoir de cause, et ça me peine de devoir le recommander, par se reposer sur une FAQ histoire de rendre ces passages moins pénibles et de pouvoir profiter de l’histoire à son maximum. Car l’histoire, c’est une des grandes réussites de ce L.A. Noire, parce que des réussites il y en a : le scénario est captivant, narré habilement via des flashbacks entre chaque chapitre mais également via des articles de journaux que l’on découvre au gré des enquêtes. Semblant initialement sans grand rapport, les éléments finissent par s’assembler façon puzzle et forment une histoire cohérente et solide, fermement inscrite dans l’histoire du Los Angeles des années 50, mêlant habilement personnages ou affaires réels et événements issus de l’imagination du scénariste de Team Bondi, Brendan McNamara. La reconstitution de la ville est à couper le souffle, la carte est immense, on reconnaît sans problème des monuments emblématiques – qu’il est parfois possible de visiter, la modélisation de Union Station par exemple est criante de réalisme et l’impression de se balader dans un polar est saisissante. Techniquement, le jeu est assez irréprochable et si certaines musiques sont un peu répétitives, d’autres contribuent grandement à l’ambiance générale du titre, très réussie.

S’ennuyer en jouant

L'ennui

Seulement voilà, un grand terrain de jeu c’est merveilleux, mais quand il n’y a rien à y faire, c’est passablement ennuyeux : à l’inverse de Liberty City grouillant de vie et où l’avalanche de détails et d’actions possibles pousse à l’exploration, on se lasse très vite de cette gigantesque ville tentaculaire aux activités inexistantes. Il n’y a tellement, tellement rien à faire d’autre que sillonner les rues au volant de véhicules à la conduite barbante qu’on se retrouve rapidement saoulé de devoir se taper des aller-retours interminables, surtout lorsque l’appel de détresse reçu sur la radio consiste à aller résoudre un délit se déroulant à l’autre bout de la map. Du coup, on laisse conduire le partenaire au bout de quelques heures de jeu, ce qui revient à se téléporter au plus vite au prochain lieu à visiter. Dernier élément des scènes d’action, les fusillades se révèlent du même niveau que la conduite : pas mauvaises, mais pas fantastiques non plus. Le système de couverture est complètement raté, le feeling des armes assez inexistant… il n’y a guère que les poursuites qui sont un peu marrantes, même si on regrettera de ne pas pouvoir tirer dans la jambe d’un suspect pour lui apprendre à se révolter. On s’amusera à se prendre pour Terminator et dessouder du malfrat par paquets de douze, le héros de guerre jouissant d’une résistance assez hors du commun. Et puis flinguer un type dans le dos pour un simple vol de voiture, c’est aussi un peu ça l’Amérique.

L.A. Noire est l'illustration parfaite que les meilleures intentions du Monde ne suffisent pas à accoucher d'un bon produit. Le jeu de Team Bondi excelle dans son scénario, ses dialogues et sa narration, et si l'on n'a pas peur de subir des passages d'interrogatoires pénibles ni de conduire pendant des heures dans un Los Angeles vide, on y prendra un plaisir non négligeable tant l'histoire est palpitante. Malheureusement, le nombre de défauts plombant le titre est tel qu'il est difficile de passer outre et ne pas s'ennuyer ferme une trop grande partie du temps. Loupé, donc, et c'est bien regrettable.

est

joueur depuis 1985. Multiplateformes, multigenres, souvent exigeant, parfois tatillon, mais jamais blasé.


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4 commentaires »

  1. Ok Phelps, je respecte ton test, mais j’ai perso pris un tel plaisir dans l’histoire et la réalisation que je ne peux qu’encourager les gens à vivre ce film.
    Au vu de l’inactivité de ce Los Angeles en carton-pâte, il n’y a aucun comparatif possible avec un GTA-like ; Je le prendrais plutôt comme un Mafia. Disons qu’en le choppant à 5-10 €, en faisant souvent conduire ses équipiers et en suivant un walkthrough pour chaque interrogatoire, on passe un super moment. Hum.
    A jouer rien que pour le boulot de motion capture invraisemblable, surtout au vu du nombre d’acteurs (le cast aux crédits n’en finit plus). Ce jeu ne pouvait pas être rentable, mais merci à ceux qui l’ont tenté.

  2. qu’en le choppant à 5-10 €, en faisant souvent conduire ses équipiers et en suivant un walkthrough pour chaque interrogatoire, on passe un super moment

    Écoutez Derrick, c’est exactement ce que je dis dans mon test :p

  3. A ce propos, il faudrait que je teste Derrick – Meurtre dans un parterre de fleurs. Il paraît que ça ne dure qu’1 heure de jeu.

  4. Non t’as dit une faq. T’AS DIT UNE FAQ.

    Harry, lâchez ce Magnum.

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